Persécutions

14 janvier 2011

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L’enjeu des persécutions

Divers événements de l’année 2010 ont rappelé qu’en certains lieux il est dangereux d’être chrétien. Ce n’est pas nouveau : dans des pays où le nombre des chrétiens était assez important les dictatures ont toujours cherché à constituer des églises nationales qui leur soient obéissantes, et elles ont persécuté ceux qui, par fidélité au Christ, n’admettaient pas ces compromissions. Dans les démocraties populaires en particulier, le fait d’être chrétien empêchait d’accéder à tout poste de responsabilité et celui de manifester sa foi mettait en danger de mort.

De nos jours, dans trop de pays, le seul fait d’appartenir à la communauté chrétienne, pourtant reconnue par le droit local, expose au danger. Irak, Pakistan, Égypte… Ce sont certes des pays troublés et qui ont quelque contentieux avec l’Occident, mais jusqu’ici, le droit musulman qui s’y applique tolérait juifs et chrétiens, même s’il ne leur accorde qu’un statut inférieur. Les persécutions qui s’y déroulent sont d’autant plus choquantes qu’elles visent des groupes dont les ancêtres étaient déjà chrétiens et sur place bien avant que l’islam ne s’impose dans ces pays. Il ne s’agit en rien de dissuader des nouveaux venus de s’installer et de menacer un équilibre existant : au contraire, il faut exclure ces chrétiens qui troublent l’unanimité recherchée comme l’idéal.

Les faiseurs d’opinion de nos pays ne semblent pas se rendre compte de l’enjeu que cela comporte pour la civilisation. Ne retenant de l’Église que ses mises en garde contre les dérives d’une liberté sans limites, ils ne voient pas que l’Évangile est le garant de cette liberté qu’ils chérissent. C’est le Christ qui donne à chaque être humain de pouvoir s’arracher à la pression du groupe pour s’aventurer dans une vie personnelle, mais beaucoup préfèrent se conformer aux modèles à la mode et ne supportent pas ceux qui vivent autrement : le totalitarisme est une tentation permanente et il se manifeste sous des formes variées.

 

Que les chrétiens qui le peuvent encore sachent témoigner de cette liberté que le Christ leur donne, et que parmi eux ceux qui savent parler ou écrire puissent faire comprendre à nos élites que la disparition des chrétiens de tel ou tel pays n’est pas seulement une atteinte à la diversité culturelle, mais une menace sérieuse pour la liberté dont nous jouissons pour l’instant et dont beaucoup ne supportent pas l’existence.

Des hommes et des dieux.

17 novembre 2010

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Le film « des hommes et des dieux » a été récemment projeté à Casteljaloux, comme dans la plupart des villes de France. L’équipe du CCFD a proposé une rencontre à ceux qui l’avaient vu, afin de pouvoir échanger sur cette oeuvre qui ne laisse pas indifférent. Une vingtaine de personnes se sont ainsi retrouvées à la Maison Paroissiale.

De quoi s’agit-il au juste ? Une pauvre communauté de sept moines vit au fond de l’Algérie, en bons termes avec la population locale, alors que le climat politique devient détestable. Des bandes armées font régner la terreur en égorgeant les étrangers et ceux qui s’opposent à eux. L’armée et les autorités gouvernementales préviennent les moines du danger qu’ils courent, et les incitent vivement à partir. Que faire ? Le prieur décide dans un premier temps qu’il faut rester, mais ses six compagnons ne sont pas tous du même avis et lui font remarquer qu’il ne peut décider à leur place, surtout quand il s’agit d’une question de vie ou de mort.

Au delà des événements de plus en plus tragiques, à travers les discussions où chacun s’exprime en vérité, nous assistons à l’évolution de la communauté et de chacun de ses membres. La peur est présente, mais peu à peu se fait jour la conscience que c’est en restant là, avec les villageois qui comptent sur eux, qu’ils seront fidèles à leur mission. Ils continuent leur vie monastique, rythmée par les offices et les divers travaux, leur fraternité semble se manifester de manière plus sensible, et la paix se lit progressivement sur leurs visages. Ils sont finalement pris en otages. La dernière image montre un paysage de neige où disparaît une colonne d’hommes qui marchent. Un carton annonce ensuite que les moines ont été tués.

C’est une leçon de choses de liberté chrétienne. Cette histoire nous montre que dans une situation humainement désespérée, quand tout pousse à la peur et à la haine, il n’est pas fatal de se laisser entraîner dans le tourbillon. Il y a une issue, mais « par le haut ». Il ne s’agit pas de nier la peur de la mort et de la souffrance, mais d’une certaine façon de passer par dessus pour retrouver la fidélité profonde à ce qui fait notre vie. C’est ce qui permet de résister à la contagion de la violence. Ainsi les moines retrouvent la paix quand ils reprennent conscience qu’ils ont déjà donné leur vie pour suivre le Christ, et que c’est cela qui compte. En fuyant, ils se laisseraient dicter leur conduite par leurs ennemis. En restant, ils montrent leur liberté intérieure : comme pour tous les martyrs, on peut contraindre leurs corps mais pas leurs âmes.

C’est cette liberté que ne peuvent comprendre ceux qui refusent le Christ, et que même dans l’Église beaucoup ignorent. C’est même elle qui suscite la haine contre ceux qui la vivent, et qui en fait des martyrs. Les persécutions que subissent nos frères dans de nombreux pays en sont l’illustration. Plaise au Ciel que nous n’ayons pas à en arriver là pour le comprendre et que nous sachions vivre cette liberté dans un climat paisible.

17 novembre 2010

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Pêche miraculeuse

L’Evangile nous présente deux récits de pêche miraculeuse : en saint Luc, au début de la prédication de Jésus, en saint Jean, après la Résurrection. Dans les deux cas il s’agit de la barque de Pierre, et c’est sur la parole de Jésus qu’on a jeté les filets, bien qu’on ait été bredouille toute le nuit. La prise est si importante qu’on ne peut la tirer dans la barque, et cette abondance extraordinaire fait reconnaître Jésus comme Seigneur. Il y a cependant des différences : dans le premier récit, Simon, conscient de son état de pécheur prie Jésus de s’éloigner; dans le second, après que Jean lui a révélé que c’était Jésus qui était sur le rivage, Pierre se rhabille avant de se jeter à l’eau pour le rejoindre. Pour ce qui est du filet, dans le premier il se rompt, alors que dans le second il ne se rompt pas.

Qu’est-ce que cela peut vouloir dire ?

Chez saint Luc, le filet se rompt lorsqu’on essaye de remonter la prise dans la barque de Pierre. Il faut alors appeler l’autre barque pour qu’on puisse la répartir dans les deux. Mais ce n’est pas sans danger, car elles enfoncent.

Chez saint Jean, on voit vite que le filet est tellement plein qu’il n’est pas possible de le remonter : on le remorque jusqu’au rivage, et on peut, sur l’ordre de Jésus, le tirer à terre sans qu’il se déchire.

 

Traditionnellement, cette pêche miraculeuse est interprétée comme le résultat de la prédication apostolique : « désormais ce sont des homme que tu prendras ». Comme les poissons sont tirés de la mer, repaire des puissances du mal, de même les hommes sont tirés de l’abîme du péché pour entrer dans le Royaume de Dieu. Mais attention ! Si la barque de Pierre représente l’Eglise visible, on ne peut y faire contenir tous les sauvés ! L’Eglise n’est pas le Royaume. L’institution a un rôle irremplaçable, mais n’est pas la réalité ultime. A vouloir y faire entrer tout le monde, on déchire les filets et il faut une seconde barque pour ne pas tout perdre. Et encore on risque le naufrage tant les barques sont chargées, alors que si l’on se contente de remorquer le filet jusqu’au rivage, on peut présenter au Seigneur les 153 gros poissons.

Crainte de Dieu ou peur de l’ennemi?

17 septembre 2010

 

Crainte de Dieu ou peur de l’ennemi ?

 

 

La crainte de Dieu est considérée par la Tradition comme une excellente chose, comme la sagesse véritable. Mais bien souvent les gens n’en comprennent pas le sens et croient qu’on veut les inciter à avoir peur.

Si Dieu est le Bien, la Vérité suprême, si Dieu est Amour qui se propose, la crainte de Dieu n’est pas la peur d’un châtiment ou d’une sanction, mais l’inquiétude de manquer ce Bien qui nous est proposé et qui ne nous apparaît pas toujours de manière évidente. Elle ne s’adresse pas à un danger qui viendrait de l’extérieur, mais elle concerne notre propre attitude : Est-ce que je fais ce qui est bon, ce qui est juste, ou est-ce que je me laisse entraîner sur des mauvais chemins ? Pour nous aider dans ce discernement vital, nous avons l’Ecriture et la Tradition de l’Eglise, mais aussi notre raison et notre conscience, qui peuvent être éclairées par l’Esprit Saint. Bref, la crainte de Dieu est synonyme de recherche de justice et de vérité, elle stimule notre intelligence et notre inventivité.

Si la crainte de Dieu est bonne conseillère, il n’en est pas toujours de même de la peur. La peur du gendarme peut inciter à davantage de prudence sur la route, mais la panique devant un danger imminent paralyse ou amène à des réactions inappropriées, dont les conséquences peuvent être fatales. Pour éviter un écueil on se jette sur un autre : c’est ce que l’on appelle tomber de Charybde en Sylla.

Les informations des dernières semaines illustrent ces propos. Nos pays ont vécu à crédit pendant de nombreuses années, on en perçoit enfin les dangers. La peur de l’effondrement de l’euro affole nos gouvernants qui changent subitement de langage et se mettent à prêcher les économies après avoir dépensé sans compter. Une telle précipitation caractérise la peur, sinon la panique, et on peut tout en craindre. En effet, au lieu d’une réflexion posée qui recherche les solutions les plus justes et raisonnables, il semble qu’on cherche surtout à « rassurer les marchés financiers », comme on avait auparavant cherché à plaire aux électeurs.

Faute d’un souci de faire ce qui est bien, qui correspondrait à la crainte de Dieu, on en vient à trembler devant ceux qui peuvent nous nuire. Et si chacun n’a pour règle de conduite que la recherche de son intérêt particulier, il se montre bien un ennemi, au moins potentiel, de tout autre. Il est fort louable d’avoir un souci d’éthique dans les domaines qui touchent le commencement et la fin de la vie, mais le domaine de la politique et de l’économie pourrait aussi bénéficier d’une recherche de cet ordre. C’est bien ce que propose l’Eglise avec sa doctrine sociale. Sa prise en compte permettrait une conduite plus sereine des affaires, la folle peur de l’ennemi faisant place à la crainte de Dieu, source et sommet de la sagesse.

Dette?

4 juin 2010

 

            On a beaucoup entendu parler ces derniers temps de la Grèce et de son déficit abyssal. Toute l’Europe doit se mobiliser pour éviter que sa faillite n’entraîne dans sa chute tout le continent. La Grèce a certainement exagéré, mais la plupart de pays et même des particuliers font comme elle : ils vivent à crédit et consomment plus qu’ils ne produisent. C’est la logique de la société de consommation, mais c’est une logique aveugle et qui mène à la catastrophe. Elle se fonde d’ailleurs sur une injustice criante : si je consomme sans produire, il faut bien que d’autres travaillent dur pour produire à ma place. C’était très net dans le monde antique où les esclaves permettaient aux maîtres de cultiver l’oisiveté. Les choses n’ont pas beaucoup changé.

 

            Ce qui se passe en économie est une image visible de ce qui se passe sur le plan moral ou spirituel. Vivre selon la justice suppose que l’on accomplisse son devoir, sinon l’on est en dette. C’est d’ailleurs ce mot qui est employé dans le texte grec du Notre Père : « remets-nous nos dettes comme nous pardonnons à nos débiteurs ». Tout péché, toute faute morale constitue une sorte de manque, un manquement à nos obligations, et tant que ce manque n’est pas compensé, il y a déséquilibre et tout l’ensemble est menacé. Les Orientaux systématisent cela avec leur doctrine du Karma : l’homme doit se réincarner jusqu’à ce qu’il ait compensé par de bonnes actions toutes le mal qu’il a commis.

 

            La Tradition biblique insiste certes sur la justice, mais aussi sur la miséricorde. Ce n’est pas un principe de comptabilité anonyme qui gouverne le monde, mais un Dieu personnel qui aime ses créatures. Par sa Loi il leur montre le chemin de l’épanouissement,  rappelle sans cesse celui qui s’en détourne et  remet dans la bonne voie celui qui reconnaît ses errements. Plus encore, par le Christ il nous offre la compensation de toutes nos dettes : Jésus a payé surabondamment pour nous. Désormais nous n’avons plus à compter sur notre propre justice, mais sur la grâce du Christ.

 

            Ce n’est pas pour autant que nous pouvons vivre dans l’insouciance, car nous ne pouvons vraiment bénéficier de l’amour du Christ qu’en aimant à notre tour, et donc en vivant selon la justice, en accomplissant avec joie notre devoir. (En « produisant » au moins autant que nous ne consommons).  Le pardon de Dieu nous invite à pardonner à nos frères, et la communion des saints permet une certaine répartition des charges. Mais n’insister, comme c’est la mode, que sur les droits de l’individu et oublier ses devoirs revient, sur le plan moral et spirituel à commettre les fautes économiques dont la Grèce est le symbole.

malentendu sur la faute morale

21 avril 2010

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Malentendu sur la faute morale

Dans les sociétés traditionnelles à fond plus ou moins religieux, la notion de faute morale renvoie principalement à un ordre du monde, mis à mal par celui qui le transgresse. Ordre immanent pour certaines cultures, volonté divine pour d’autres. Ce dérangement de l’ordre risque d’avoir des conséquences sur toute la société, et le châtiment des coupables est une mesure de salut public. Le fait que tel ou tel individu soit lésé est pris en compte, et la victime peut demander réparation ou dédommagement, mais l’acte délictueux est surtout vu comme rébellion, dévoiement de celui qui le commet, de sorte que le repentir, l’expiation, dans leurs diverses modalités, peuvent en quelque sorte effacer la faute.

La mentalité contemporaine n’a que faire de ces considérations, et se polarise au contraire sur les victimes. Il faut non seulement leur faire justice en reconnaissant le préjudice subi et en les dédommageant autant que possible, mais il flotte souvent dans l’air un désir non avoué de vengeance, et l’acharnement judiciaire induit par l’attention aux victimes concurrence souvent dans la démesure celui qui avait des motivations religieuses.

La différence entre ces point de vue permet de mieux comprendre les remous actuels autour des questions de pédophilie dans l’Eglise.

Traditionnellement, ces actes, comme tout ce qui concerne le sexe en dehors du mariage, étaient considérés comme péchés contre les 6°et 9° commandements, péchés particulièrement graves puisque, selon les moralistes, il n’y a pas de légèreté de matière en ce domaine. (Toute delectatio venerea hors mariage est péché mortel du moment qu’elle est voulue ou même consentie. On comprend qu’une telle sévérité, si elle est prise au sérieux, amène certains à jeter le manche après la cognée. Comme disent les rabbins : « quand on mange du porc, il faut s’en mettre plein la barbe. ») Leur gravité intrinsèque attirait bien plus l’attention que le tort qu’ils pouvaient causer à leurs victimes, mais leur « traitement » restait dans le domaine religieux. La réparation en ce domaine étant impossible, quel intérêt de saisir la justice des hommes ? Une pénitence ecclésiastique pouvait suffire.

L’opinion publique ne voit plus les choses ainsi, mais se place du côté des victimes. La loi exige la dénonciation, et ce domaine et celui du viol cristallisent désormais toute la réprobation qui s’étendait naguère aux autres déviances sexuelles. D’où l’acharnement que l’on connaît, non seulement contre les auteurs d’actes de pédophilie, mais encore contre ceux qui sont soupçonnés de les avoir couverts.

Les responsables de l’Eglise ont certainement sous-estimé le préjudice subi par les victimes, mais l’étalage actuel n’est pas forcément bénéfique. Autrefois, c’étaient bien souvent les familles qui dénonçaient aux autorités ecclésiastiques et qui demandaient de ne pas ébruiter l’affaire, pour le bien des enfants. Le silence en ce domaine n’a pas que des vertus, mais les interrogatoires que demande un procès ne présentent-ils pas aussi des dangers pour la santé psychiques des enfants ? Sans compter les enseignements de l’affaire d’Outreau… Il est certainement nécessaire que celui qui a subi un tort le voie reconnaître, mais si c’est pour s’installer dans un statut de victime, où est le bénéfice ? Il s’agit plutôt de l’aider à surmonter et de faire de ce qui peut l’handicaper un défi pour plus d’humanité.

judaïsme

10 avril 2010

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Bien des discours chrétiens actuels sur le judaïsme peuvent susciter un certain malaise chez les personnes soucieuses de cohérence. La bienveillance qui s’y affiche peut paraître plus évangélique que les mauvais propos que l’Eglise tenait jadis sur ces sujets, elle n’en montre pas davantage d’équilibre ni, finalement, de respect.

Le message que l’on veut faire passer est simple : il n’y a pas de problème entre Juifs et Chrétiens. Ce qui est vrai, c’est que les promoteurs de ces discours estiment n’avoir rien à reprocher aux Juifs sur le plan religieux, mais on peut légitimement douter de la réciproque. A moins de souscrire au dogme selon lequel il n’y a pas de vérité, il y a peu de chances pour que des Juifs trouvent que des païens aient raison de croire que Jésus est le Messie, plus encore Dieu le Fils fait homme et que cela suffit pour entrer dans l’Alliance.

On prend le contre-pied de la théologie de la substitution pour proclamer la parfaite légitimité du judaïsme actuel, car les dons de Dieu sont sans repentance, et, assuré que l’Alliance est éternelle, on affirme qu’Israël est toujours le Peuple de Dieu.

Que l’Alliance soit éternelle, il faut l’affirmer. Mais il y a alliance et alliance. La Bible évoque même une succession d’alliances de Dieu avec les hommes : Adam, Noé, Abraham, Moïse. C’est avec ce dernier que l’Alliance se précise et constitue un peuple particulier, régi par la Torah, pour en faire, parmi tous les peuples, un royaume de prêtres, une nation consacrée. C’est celle que l’on peut a bon droit appeler l’Ancienne Alliance, car c’est en son sein même qu’est annoncée une Nouvelle Alliance. Reprenons les mots de Jérémie : « Voici venir des jours, oracle du Seigneur, où je conclurai avec la maison d’Israël une Alliance Nouvelle. Non pas comme l’Alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte. (…) Je mettrai ma Loi au fond de leur être, et je l’écrirai sur leur cœur. (…) Ils me connaîtront tous, des plus petits aux plus grands, parce que je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché. » (31, 31-34)

Les autres prophètes font comprendre aussi que cette alliance s’ouvrira aux autres nations.

Que Jésus, sa mère et ses disciples soient nés dans l’Ancienne Alliance, nul ne saurait en douter. Mais si l’on se réclame de la foi chrétienne, on ne peut pas douter davantage qu’avec Lui arrive la Nouvelle Alliance : Il l’affirme en instituant l’Eucharistie : « Cette coupe est la Nouvelle Alliance en mon sang » (Lc 22, 20) Alliance qui ne repose plus sur l’appartenance charnelle à un peuple, mais sur la foi personnelle ; dont la Loi n’est plus inscrite sur des tables de pierre, mais sur les cœurs par l’action de l’Esprit Saint. Alliance qui ne s’appuie pas sur les actes de justice accomplis par l’homme, mais sur la grâce de Dieu gratuitement offerte. , Alliance qui n’abolit pas mais accomplit l’Ancienne. Beaucoup de Juifs y ont cru, et sont entrés avec joie dans cette Alliance nouvelle et éternelle, mais les responsables religieux l’ont refusée et leurs successeurs on infléchi le judaïsme dans un sens opposé aux prétentions chrétiennes. Ces réactions ont été si rapides que dès la fin du premier siècle, l’Evangile de saint Jean emploie souvent le mot « juif » comme pratiquement synonyme d’opposant au Christ.

Ce qu’il serait juste de dire, c’est que les Juifs du XXI° siècle se revendiquent toujours de l’Ancienne Alliance. Ils ont sans doute bien des raisons pour le faire, et nous pouvons les respecter. Affirmer cependant qu’ils ont raison de camper sur leurs positions serait plus téméraire encore que d’affirmer leur rejet, car ce serait se placer du point de vue de Dieu et contredire bien des passages du Nouveau Testament. La prudence inciterait à dire que, du point de vue chrétien, ils se privent d’une richesse spirituelle que Dieu, dans le Christ, ouvre à toute l’humanité. La question étant de savoir si ceux qui s’en réclament vivent en vérité la Nouvelle Alliance.

Résurection et création

5 avril 2010

Nous croyons en un Dieu créateur. Non seulement créateur du ciel et de la terre, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, mais surtout créateur de l’homme. Cet homme qui n’est pas un animal comme les autres, régi par ses instincts, mais qui est doté de liberté, capable de dire oui ou non à la vie, oui ou non à son Créateur.

Si cet homme répond souvent à sa vocation de créateur, en donnant la vie, en produisant toute sorte d’œuvres, il faut bien reconnaître qu’il se montre aussi souvent destructeur. L’Histoire de l’humanité est une suite de crimes et de guerres, et la violence n’a pas déserté notre époque. Toujours est à l’œuvre cette jalousie qui nous incite à penser du mal des autres, à être désagréable, quand ce n’est pas à désirer leur disparition. Mais ce désir de destruction ne vise pas seulement nos semblables : toutes ces dégradations gratuites qui défigurent les villes, les enfants qui cassent leurs jouets ou les spéculateurs qui détruisent les économies témoignent de ce plaisir pervers que l’on prend à détruire. Alors que nos ancêtres n’avaient que des moyens artisanaux, le progrès technique nous permet maintenant de détruire à grande échelle, jusqu’à rendre inhabitable notre planète.

Dès l’origine Dieu invite l’homme à ne pas se laisser aller à ce triste penchant, mais comme il ne renie pas ce qu’il a fait en créant l’homme libre, il ne peut l’y obliger. Par sa Loi, il propose à l’homme une alliance, il montre un chemin de vie, mais la loi elle-même ne sauve pas, elle peut même être utilisée comme moyen d’asservissement. Par ses prophètes il annonce cependant une alliance nouvelle, quand les temps seront accomplis. Cette alliance, c’est en Jésus qu’elle s’accomplit : il nous révèle l’amour du Père, nous montre ce que peut être une vie vraiment humaine. Il dénonce la méchanceté qui se cache parfois sous des dehors respectables et s’attire ainsi la haine des responsables de son peuple. C’est ceux qui auraient dû le suivre en premier qui décident de le perdre. La foule suit, ses amis l’abandonnent, un le trahit, l’autre le renie, et c’est presque seul qu’il meurt sur la croix. La folie meurtrière de l’homme semble bien triompher : ce n’est pas seulement aux choses, aux hommes, mais au Fils de Dieu lui-même qu’elle s’attaque, et elle a le dessus. Les forces du mal sont allées jusqu’au bout, et Dieu n’a pu les empêcher ! Quel scandale pour les justes, quelle déception pour ceux qui croyaient en la bonté et en la puissance de Dieu ! C’est bien ce que devaient penser les Apôtres le Samedi Saint, si du moins la peur leur laissait le loisir de penser…

Mais tout ne se termine pas le Samedi Saint. La résurrection vient tout bouleverser et elle se révèle en fait comme l’échec de ces forces de mort, comme la victoire du Créateur. C’est comme s’il nous disait : vous voulez détruire, détruisez ! mais regardez, malgré tous les massacres l’humanité ne cesse de croître et la nature de produire ! et si vous vous attaquez à mon Fils, vous pouvez bien le tuer, il ressuscite ! En détruisant, c’est à vous-mêmes que vous faites le plus de mal. Arrêtez donc ce petit jeu, et entrez plutôt dans celui de la création.

Cet appel à la vie, Dieu nous l’adresse chaque jour, mais tout spécialement en ce temps de Pâques. Si nous sommes chrétiens, c’est que nous prenons au sérieux cet appel et que nous voulons y répondre. Et si, pour être chrétien il faut être baptisé, c’est parce que par nos seules forces nous ne pouvons pas être vraiment fidèles. Nous sommes trop complices des forces de mort, de la cruauté, de la méchanceté, nous sommes trop du côté de ceux qui ont voulu tuer le Christ. Par le baptême, nous passons du côté de Jésus, du côté de la vie, de l’amour, de la bonté. Bien sûr, nous pouvons être tentés de mal faire, mais si nous restons unis à Jésus, si nous le prions, si nous cherchons à mieux le connaître et à mieux le suivre, il nous donne sa lumière et sa force. Nous pouvons aussi être victimes de la méchanceté des autres, et de nos jours encore de nombreux chrétiens sont persécutés pour leur foi. Mais là aussi, si nous restons unis à Jésus nous ne nous considérons pas comme des victimes qui se plaignent de leur sort : si nous croyons en sa résurrection, nous partageons déjà sa victoire, et même si l’on nous tue, on ne peut pas nous enlever l’espérance de la vie éternelle. C’est ce dont témoignent les martyrs de tous les temps.

Que cette fête nous confirme dans cette voie, et que notre vie, illuminée par la Résurrection de Jésus, soit aussi lumière pour nos frères.

Identité?

12 janvier 2010

Notre compatriote Michel Serres a produit dans son livre Rameaux d’intéressantes réflexions sur l’identité. Il rappelle d’abord que l’on confond le plus souvent identité et appartenance, lorsqu’on se définit comme membre de tels ou tels groupes. Ce sont ces groupes qui nous dictent alors notre conduite et même nos façons de penser. Il montre ensuite que, dans la littérature mondiale, saint Paul est le premier auteur qui expérimente et propose autre chose. Sa rencontre avec le Christ lui fait comprendre que désormais « il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme » mais que chacun peut devenir une « créature nouvelle» définie par sa relation au Christ. « C’est Dieu qui me donne d’être ce que je suis.» C’est le Christ qui nous donne la liberté par rapport aux groupes auxquels nous appartenons, liberté que les martyrs ont payé de leur vie.

La France, même si elle a été appelée fille aînée de l’Eglise, ne revendique pas pour elle seule cet héritage de la liberté. Il est cependant incontestable que sa culture en est profondément marquée, même si les promoteurs de cette liberté se sont souvent élevés contre l’Eglise.

Il serait difficile de définir en peu de mots la culture française, mais quelques grandes valeurs en rendent compte. Héritière de cette liberté qu’apporte l’Evangile, elle exalte le désintéressement et la noblesse de comportement. Elle ne craint pas les questions et cherche passionnément la vérité. Elle tient en haute estime la discrétion et l’oubli de soi. Si un certain chauvinisme est inévitable et si chaque province est fière de ses particularités, la culture française est ouverte à l’universel, prête à accueillir ceux qui partagent ces valeurs. Tous les Français ne mettent pas en pratique ces idéaux, et notre littérature ne se prive pas de décrire le sordide de certains comportements. Mais le plus souvent leur description était en même temps leur dénonciation.

Que reste-il de cette culture quand la vulgarité s’expose aussi bien en art qu’en politique, quand le chacun pour soi tient lieu de morale et que les vices sont présentés comme la norme ? Nos grands-parents reconnaîtraient-ils la France quand la qualité de la vie est assimilée au pouvoir d’achat, quand la tyrannie des chiffres et des évaluations s’infiltre partout et que le profit à court terme est le but principal des entreprises ?

La vraie question n’est pas de savoir qui appartient au groupe des Français, mais comment faisons-nous vivre l’héritage de noblesse et de liberté qui nous a été transmis et qui constitue l’âme de la France.

Eternel Caïn

16 octobre 2009

 

On ne saurait jamais trop recommander de lire la Bible, surtout à ceux qui prétendent la citer. En effet, l’Eglise la considère comme Parole de Dieu, venant souvent contester nos manières humaines de penser. Si nous ne la citons que de mémoire, nous risquons fort de lui faire dire ce qui correspond à nos manières de voir, au lieu d’écouter ce que l’Esprit Saint veut nous faire comprendre. Ce travers est particulièrement fréquent avec le 9° verset du 4° chapitre de la Genèse.

 

            Il y a quelques années, à l’occasion d’un forum des solidarités, le slogan « Qu’as-tu fait de ton frère ? » fleurissait sur des affiches, au moins dans notre diocèse. Nous le retrouvons aujourd’hui dans l’introduction à l’encyclique L’Amour dans la Vérité, éditée par le Collège des Bernardins, Page 11. Bien des gens doivent s’imaginer de bonne foi que c’est la question que Dieu a posée à Caïn après le meurtre de son frère. Il n’en est rien. Le texte est sans ambiguïté et la traduction ne pose aucun problème : « Ou est ton frère Abel ? » Et au verset suivant Dieu reprend : « Qu’as-tu fait ? »

            On me dira peut-être que c’est la même chose, que le sens n’est pas altéré, puisque tout les mots se retrouvent. Je répondrai que c’est voir les choses à la manière de Caïn, ce qui n’a rien d’étonnant quand on voit le comportement des hommes entre eux. La distinction classique entre sujet et objet éclaire le débat.

 Si l’on disait : « Qu’as-tu fait à ton frère ? », on lui reconnaîtrait encore le statut de sujet. Mais dire « Qu’as-tu fait de ton frère ? » revient à considérer le frère en question comme un objet. C’est lui refuser le statut de sujet, et donc prétendre être le seul sujet.  C’est bien le propos de Caïn qui n’a pas accepté que Dieu agrée l’offrande d’Abel et refuse la sienne. Cet autre sujet qui semble avoir la faveur de Dieu lui est insupportable : il faut le supprimer. La meilleure façon d’y arriver est de le transformer en cadavre, objet parmi les objets. C’est ce qu’a fait Caïn, et que l’on continue à faire à plus ou moins grande échelle. Mais le cadavre est un objet inutile, sinon embarrassant, et l’on trouve bien d’autres manières de transformer les sujets en objets. L’esclavage a été longtemps la solution généralisée, mais sa suppression officielle n’a pas empêché d’atteindre le même but.

 D’autre part, « Qu’as-tu fait de ton frère ? » n’est pas une question neutre : un ton de reproche y est contenu. C’est en fait une accusation, ou plutôt une sommation visant à faire  avouer une culpabilité. C’est la grosse voix du père qui prend l’enfant en flagrant délit, qui n’attend aucune explication et qui s’apprête à sévir. L’enfant a perdu son statut de sujet, il n’est plus que l’objet de la colère.

Le texte sacré ne met pas dans la bouche de Dieu de tels propos. Dieu pose à Caïn une question neutre, même si elle n’est pas sans arrière pensée. « Où est ton frère Abel ? » ressemble fort au « Où es-tu ? » posé à Adam au chapitre précédent. Dieu n’accuse pas, il invite l’homme à exprimer ce qu’il a fait. Devant la dérobade de Caïn : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? » il insiste et annonce les conséquences de l’acte : « Qu’as-tu fait ? Ecoute le sang de ton frère qui crie du sol… »  Dieu traite toujours Caïn comme un sujet, il l’écoute même et répond favorablement à sa requête quand il exprime sa peur d’être tué par le premier venu.  Ce désir de Dieu d’avoir en face de lui des sujets libres parcourt toute la Bible, et s’épanouit dans le Nouveau Testament avec la problématique de la foi : mettre sa confiance en Jésus fils de Dieu est un acte que nul ne peut faire à ma place. Dire « Je crois » et conformer sa vie à cette parole pose véritablement l’homme en sujet. Ainsi s’accomplit l’œuvre de Dieu d’après s. Jean :  « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. »( Jn 6, 29 )

           

Si notre analyse est pertinente, il paraît assez inquiétant de répéter ce slogan « Qu’as tu fait de ton frère ? » quand on traite de justice sociale ou de solidarité.

D’une part il place implicitement celui à qui on l’adresse dans la situation de Caïn après le meurtre. Accuser ainsi a priori correspond davantage à l’attitude de celui que l’on appelle justement l’Accusateur, qu’à celle du Paraclet, du Défenseur. Si l’Eglise du Christ fait le travail du diable, où allons-nous ? Dire à quelqu’un « Tu as des responsabilités vis à vis de ton frère » et le traiter d’assassin ne revient pas au même. Le sentiment de culpabilité n’est pas le meilleur ressort pour une action responsable et efficace

D’autre part, ce slogan traite le frère en objet. Que pouvons-nous apporter aux autres hommes si nous ne les considérons pas comme des sujets à part entière ? S’ils ne sont que l’objet de notre bienveillance, pouvons-nous les appeler frères en vérité ?   Toute la charité de l’Eglise ne consiste-t-elle pas à s’occuper des pauvres et non pas de la pauvreté ?

La question que Dieu pose vraiment à Caïn est bien plus mobilisatrice . Si nous entendons ou si nous nous redisons les uns aux autres « Où est ton frère ?» nous nous mettrons peut être à le chercher et à le voir dans sa misère. Non pas comme un objet, mais comme un sujet souffrant. Peut-être réduit au statut de chose, mais qu’il s’agit d’aider à se relever, à retrouver sa dignité. Il pourra alors être vraiment notre frère.

 Mais une autre question se lève alors : voulons-nous vraiment avoir des frères ? de vrais frères qui soient comme nous des sujets libres ? Toute la Bible nous montre que tant que nous ne nous laissons pas convertir par Celui qui n’a pas peur de nous appeler ses frères, la réponse a toute les chances d’être négative malgré nos bonnes paroles. C’est cette conversion toujours à reprendre qui nous permet d’aimer en vérité.

 

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