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homélie 25 ans d’ordination

Mardi 30 juin 2009

Nous célébrons donc la fête des Apôtres Pierre et Paul. Chacun des deux est certainement très important, mais le plus important dans cette fête est encore le et qui les relie. On peut difficilement trouver des personnalités plus différentes que celles de Pierre et Paul, et l’Ecriture nous rapporte qu’ils n’étaient pas toujours d’accord. L’un incarne l’institution avec ses risques de rigidité, l’autre la liberté de l’Esprit avec ses risques d’illuminisme. Si nous n’avions que Pierre l’Eglise ne se serait pas dégagée du légalisme juif, et Paul lui-même confesse qu’il tient à être relié à Pierre et aux autres Apôtres, même s’il le reprend quand il a tort.  Pour être vraiment catholique il nous faut insister sur ce et qui les rassemble, comme nous disons Jésus vrai Dieu et vrai homme.

 C’est un véritable défi, car notre tendance naturelle est toujours d’opposer. Depuis que nos premiers parents ont mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal, nous croyons être capables de juger de tout, et nous partageons allègrement le monde des hommes comme celui des idées. Est bon ce qui est nôtre, est mauvais le reste. Bien souvent l’opposition se fait entre Dieu et le monde, et nous nous croyons obligés de choisir. C’est toujours l’un ou l’autre, et l’on affirme souvent son identité en s’opposant aux autres.

  Le Christ est venu pour nous sortir de cette illusion, pour réconcilier le monde et faire en sorte que les différences, au lieu d’être sources de conflits soient des occasions d’enrichissement mutuel. Saint Paul en fait l’expérience et s’emploie à en persuader ses correspondants. Saint Pierre reçoit de Jésus la mission de manifester cette unité dans la diversité.

Si l’un et l’autre ont une méfiance certaine vis à vis de l’esprit du monde, ou de la chair, comme ils disent, c’est que leur conversion au Christ les a réconciliés, leur a donné un état d’esprit nouveau grâce auquel on peut se considérer comme frère de tout homme. On n’érige pas soi-même de barrière, on propose la fraternité, et c’est dans la mesure où l’autre la refuse qu’il se sépare de nous. L’esprit du monde c’est cet esprit de rejet, cet esprit sectaire qui nous est si naturel. L’Esprit du Christ au contraire rassemble, unifie, harmonise les différences.

            La mission de l’Eglise est bien de proposer cette réconciliation dans le Christ, dont les bras ouverts sur la croix sont le signe éloquent. Mais ce n’est pas seulement vers les autres que cette mission doit s’exercer : le premier terrain d’évangélisation est l’Eglise elle même, et ce n’est pas pour rien que nous commençons nos eucharisties en reconnaissant que nous sommes pécheurs. Le discernement est nécessaire, car l’Esprit Saint n’est pas le seul à souffler dans l’Eglise : l’esprit du monde y est souvent à l’œuvre et il s’emploie à contrer l’Evangile.

            Personnellement, j’ai été élevé assez près de l’Eglise pour en recevoir le Christ et son message, mais pas trop pour n’être pas enfermé dans un système clos, pour n’avoir pas à souffrir de cette théologie répandue dans mon enfance qui faisait de l’Eglise catholique un îlot de salut au milieu d’une mer de perdition. J’ai vite constaté que l’esprit du monde anime souvent les chrétiens, et que les non-chrétiens ont parfois des attitudes évangéliques, de sorte que c’est dans le monde que je me sentais appelé à vivre ma vie chrétienne. Etre dans le monde sans être du monde, comme nous y invite Jésus.

De même, il me paraissait assez regrettable que la religion soit pour certains une sorte de fuite, comme si être chrétien dispensait d’être un homme. Cette mentalité est bien exprimée par un des biographes du saint Curé d’Ars qui ne trouve pas de plus beau compliment que de dire : « Il n’avait plus rien d’humain. » Je préférais la parole de Jésus : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance. »  Ces derniers temps nous voyons une certaine promotion de saints du XIX° siècle qui ne brillaient pas par leurs capacités intellectuelles. Leur sainteté a certainement des choses à nous dire pour aujourd’hui, mais il serait infiniment regrettable que l’on remette à la mode la théologie et la spiritualité étriquées dans lesquelles ils ont été élevés, et surtout le mépris  de l’intelligence que certains confondent avec la foi. Plus que jamais il est essentiel que les chrétiens montrent, dans les choses de ce monde, au moins autant de compétence que les autres. Rechercher le Royaume de Dieu ne dispense pas de développer ses capacités humaines et n’empêche pas d’aimer la vie. Et quoi qu’en aient pensé certains, le Dieu de Jésus-Christ ne se réjouit pas plus de la souffrance des hommes qu’il ne jalouse leur plaisir.

            Bref, ce que je voyais de l’Eglise ne me séduisait guère, et il m’a fallu tout un cheminement pour que mon regard change, et que je me rende compte, par des rencontres comme par des lectures, que le mystère de l’Eglise dépasse largement ce qu’on en voit. Malgré toutes ses insuffisances, sans elle nous n’aurions pas le Christ. D’ailleurs, on parle souvent de  l’abaissement du Fils de Dieu dans son incarnation et dans sa passion. Mais cet abaissement continue après sa résurrection dans la mesure où il se livre à des hommes aussi imparfaits que nous. C’est son amour qui le conduit jusque là, et c’est en y répondant que nous pouvons le dédommager de sa peine.

 C’est ce genre de réflexions qui m’a conduit à accepter l’aventure que me proposait notre évêque, car, de moi-même, je n’avais jamais désiré être prêtre. Depuis 25 ans, je n’ai pas eu à le regretter, j’ai découvert des tas de choses passionnantes. Je découvre progressivement la vérité des Ecritures et le bien-fondé de la doctrine catholique, au delà des modes et des slogans. Mais surtout ma conviction s’approfondit que rien ne se fait au hasard.

Quand je revois ma vie passée, je me rends compte que bien des choses me préparaient à cette mission de prêtre, sans que j’en aie conscience sur le moment.

Jésus, en nous disant que tous les cheveux de notre tête sont comptés, signifie cette attention bienveillante de Dieu sur nous que l’on appelle Providence. Même si tout ne se déroule pas comme nous le désirerions, si nous avons vraiment confiance, c’est le meilleur qui en découlera. Même si les forces du mal sont actives, la résurrection de Jésus nous montre que du mal Dieu peut faire jaillir le bien. Nous n’avons pas à avoir peur. Il nous faut certes agir de notre mieux, mais ne pas oublier que c’est Dieu qui mène l’ensemble. Les hommes peuvent s’opposer à lui, ils n’auront pas le dernier mot.

Pour ce qui est de l’Eglise, on entend souvent dire que nous la construisons, ou devons la construire. On s’imagine par là reprendre des expressions bibliques. Ce n’est vrai qu’en apparence, car pour saint Pierre aussi bien que pour saint Paul, le bâtisseur c’est Dieu lui-même, et nous sommes invités à être les pierres vivantes qui servent à la construction dont le Christ est la pierre angulaire. C’est beaucoup moins fatiguant, même s’il faut se supporter les uns les autres, et parfois se laisser tailler si nous avons trop d’aspérités. Les anciens disaient souvent : « S’il plaît à Dieu .» C’est ce que nous devrions nous dire quand nous remodelons le paysage ecclésial ou quand nous faisons des plans pour l’évangélisation. Il nous faut certes agir, mais le premier acteur c’est l’Esprit Saint, et il est bon de se souvenir du paume : « c’est en vain que peinent les maçons si le Seigneur ne bâtit la maison. » Notre premier travail est de laisser à Dieu sa place dans nos vies, afin qu’à travers nous ce soit lui qui agisse. Là encore, être catholique c’est assumer l’un et l’autre, la part de Dieu et la part de l’homme. Ou, plus exactement, la part de Dieu à travers l’homme.

 C’est bien ce que nous faisons en honorant les saints. Nous rendons grâce à Dieu pour son action à travers eux, sans pour autant canoniser toute leur humanité qui présente bien des imperfections. La multitude de ceux que l’Eglise reconnaît officiellement nous offre une grande variété, et c’est en les regardant tous que nous pouvons avoir une idée plus juste de la sainteté. Nous n’avons pas à les copier, mais, comme eux, à être dociles à  l’Esprit  Saint qui bâtit son temple avec des pierres de toute sorte qui se respectent mutuellement sans s’envier ni se dénigrer. Sachons faire comprendre à nos contemporains qu’ils ont leur place dans l’Eglise, et aux plus fervents parmi les jeunes que nous avons besoin d’eux dans le ministère.  Que Pierre et Paul nous y aident par leur intercession.

Quelle richesse?

Jeudi 19 février 2009

Avec les gens d’un certain âge, quand on évoque la pauvreté qu’ils ont vécue dans le passé, il n’est pas rare qu’après le récit des difficultés arrive la réflexion : « Et pourtant on était heureux ! » Cela peut nous éclairer sur la fameuse crise actuelle.

En effet, les savants économistes qui analysent la situation financière se penchent sur les systèmes pour en voir les dysfonctionnements, mais ils oublient le plus souvent le plus important : l’homme et ses passions.

Toutes les sagesses traditionnelles, dans leur recherche d’une vie heureuse, invitaient l’homme à ne pas se laisser entraîner par ses appétits immodérés. Elles recherchaient un certain équilibre entre les désirs et les moyens raisonnables de les satisfaire.

Le système moderne au contraire s’appuie sur la cupidité des gens et sur leur envie d’avoir toujours plus : le consommateur de base est ainsi sollicité par la publicité et les financiers se grisent de profits astronomiques. C’est une fuite en avant, comme une drogue dont il faut des doses de plus en plus importantes pour procurer la même jouissance. En effet, alors que les appétits de nourriture ou de plaisir corporel s’apaisent momentanément quand ils ont obtenu ce qu’ils désiraient, le besoin de richesses est insatiable, et plus on en a, plus on en veut : au lieu de rassasier, la consommation aiguise l’appétit, mais laisse l’homme sur sa faim.

L’envie, proche parente de la jalousie, est comme elle un monstre dévorant. Elle est en chaque homme, comme un animal sauvage. On peut la laisser se développer librement, ou même la favoriser, et elle dévore tout, non seulement l’individu, mais même le monde entier.

On peut aussi la tenir en respect, la mettre sous le joug de la raison, pour que son énergie serve à acquérir les richesses spirituelles. Elle se change alors en noble ambition qui incite l’homme à devenir plus humain. Ce n’est jamais terminé, mais plus on progresse sur cette voie, plus on peut apprécier les joies simples de la vie.

On pourra légiférer tant qu’on voudra, multiplier règles et contrôles comme on sait si bien le faire jusqu’à rendre la vie impossible, si l’envie et la cupidité restent à la base du système, rien de bon n’en sortira.

Si, au contraire les valeurs humaines retrouvent droit de cité, même des systèmes imparfaits pourront être viables. C’est peut-être ce qui explique la nostalgie des anciens : même s’ils étaient pauvres et si la vie était dure, on leur enseignait tant à l’école, à l’église qu’en famille que ces valeurs constituent la vraie richesse et qu’elles sont accessibles à tous.

Est-il trop tard pour le redécouvrir ?

veillée de Noël

Lundi 5 janvier 2009

veillée de Noël dans Non classé moz-screenshot

Veillée de Noël

 

Deux anges dans le ciel

 

A Nous sommes bien heureux, nous, les anges dans le ciel !

 

B Cela t’étonne ? Si Dieu nous a créés, ce n’est pas pour que nous soyons malheureux !

 

A Tu as raison, mais quand je vois comment vivent ces pauvres hommes, je ne peux pas m’empêcher de me dire que nous avons bien de la chance.

 

B C’est une façon de voir, car les hommes pourraient être aussi heureux que nous s’ils l’avaient bien voulu.

 

A C’est vrai. Nous, ce qui nous rend heureux, c’est de recevoir la vie de Dieu, d’accueillir son amour et d’y répondre. Alors que ces pauvres humains, dès le début, n’ont pas voulu obéir à Dieu et se sont méfiés de Lui. Il leur arrive bien d’avoir des bons mouvements, mais il y a toujours quelque chose qui cloche… Ils ne savent pas aimer comme il faut : regarde les amoureux : combien de fois ils finissent par se déchirer…

 

B Ou les parents : certains croient aimer leurs enfants en cédant à tous leurs caprices et d’autres en se montrant trop sévères. Certains ne s’en occupent pas, et d’autres ne veulent même pas que leurs grands-parents les voient.

 

A En fait, ils sont devenus jaloux, comme nos pauvres frères de l’enfer…

 

B Tu ne vas quand-même pas les plaindre, ceux là… Rappelle-toi, au tout début, quand Dieu nous a créés, à nos chefs, en premier, Il a posé la question : « Vous que j’ai créés libres, acceptez-vous d’être mes créatures ? » Et Michel, Gabriel et Raphaël, bondissant de joie, se sont écriés :  « Mais bien sûr ! Comment pourrions nous refuser ce bonheur ! » tandis que Lucifer, qui, malgré son nom de lumière avait déjà un air sombre, a lâché, sans même un regard vers le Père qui lui parlait : « Non, moi je veux être comme Dieu .» Et il s’est éloigné, plein de rage. Certains l’ont suivi alors que nous avons rejoint Michel, Gabriel et Raphaël dans cette joie qui ne nous quitte jamais.

 

A Eh oui, c’est ce qui fait notre bonheur : nous réjouir du bonheur des autres, nous réjouir de la bonté de Dieu ! Comme les hommes peuvent se chauffer au soleil, nous nous réchauffons sans cesse au rayonnement de l’amour de Dieu …

 

B Et cet amour il rayonne pour toutes les créatures…Tant pis si ces pauvres démons préfèrent être rongés par le feu de leur jalousie. Tant pis si les hommes aiment mieux les imiter que d’accueillir l’amour de Dieu !

 

A Tu exagères un peu… c’est souvent par ignorance que ces pauvres hommes se rendent malheureux ! Ils ont du mal à croire que Dieu les aime, et ils s’imagine qu’Il est jaloux comme eux, qu’Il leur tend des pièges…

 

B C’est pour cela qu’ils n’en ont jamais assez ! Ils s’imaginent qu’ils vont être heureux en accumulant des richesses ou du pouvoir ! Et dès qu’il y en a un qui réussit un peu mieux, les autres voudraient prendre sa place. Chacun voudrait dominer tous les autres, c’est de la folie ! Je me demande parfois si Dieu a bien fait de les créer…

 

Arrivent deux autres anges :

 

C Eh, les amis ! Avez-vous appris la nouvelle ? Gabriel vient de recevoir une nouvelle mission ! Depuis le temps du prophète Daniel, il n’était pas descendu sur terre. A l’époque il avait annoncé des choses curieuses, pour plus tard, et voilà que maintenant ces choses là vont s’accomplir…

 

B Quelles choses ?

 

C Mais tu sais bien, ces promesses de paix, de bonheur pour les hommes…

 

A Mais oui, un cœur nouveau, capable d’aimer pour de bon… un esprit nouveau…

 

B Depuis le temps qu’on en entend parler…

 

D Mais cette fois ça y est… Figurez-vous qu’on a trouvé à Nazareth, en Galilée, une jeune fille qui va être capable de changer le cours de l’Histoire. A la voir, elle ressemble à toutes les autres, mais à l’intérieur, c’est différent : il n’y a en elle ni jalousie ni méchanceté, elle dit toujours oui à Dieu… C’est le premier germe d’une humanité nouvelle…

 

C Chut…silence… Ecartons-nous pour laisser la place à cet événement…

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Ils se reculent, on enlève un paravent qui cachait Marie en train de filer…Silence…

Lecture de l’annonciation : Lc 1, 26-38. Gabriel arrive

A la fin : Les Anges dans nos campagnes.

Noël

Samedi 27 décembre 2008

Noël 2008

 

 

« En ces jours là parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre… » L’empire romain est au sommet de sa puissance, et d’un mot, l’empereur commande à toute la terre ! C’est bien normal, il se fait adorer comme un dieu.

         Quel contraste avec ce qui se passe à Bethléem, où c’est dans une étable que naît l’enfant d’un couple qui avait dû se déplacer pour se plier aux ordres de l’empereur… Pourtant Auguste est mort, et son empire s’est effondré, tandis que Jésus est vivant, et que le nombre de ses disciples grandit de jour en jour, même si dans des pays comme le nôtre on l’abandonne peu à peu.

 

         Les tours jumelles, symboles de la puissance financière, s’élevaient fièrement dans le ciel américain, il a sufi de deux avions et de quelques fanatiques pour les mettre à bas… Ces derniers mois, ce n’est plus le symbole mais la réalité-même d’un système qui s’effondre. Système florissant et qui prétendait, par la consommation, apporter bonheur et prospérité au monde entier…Et ce n’est pas sous les coups  d’ennemis étrangers qui les poursuivraient de leur haine, c’est de l’intérieur et par leur  propre logique que des empires  s’effondrent, offrant le triste spectacle de banquiers, d’assureurs, de capitaines d’industrie réduits à la mendicité. Certes, la malhonnêteté de certains y est pour quelque chose, mais dans un jeu où il n’y a pas de règle, peut-on traiter les autres de tricheurs ? Si la rapacité est élevée au rang de vertu, si la seule ambition est de gagner toujours plus, et si le profit est la valeur suprême, comment une économie peut-elle être stable et procurer à chacun ce dont il a besoin ? Mais surtout comment ceux qui ne réussissent pas à s’enrichir peuvent-ils trouver que leur vie vaut la peine d’être vécue ?

 

         La fête de Noël nous invite à sortir de ces illusions et nous ouvre une autre voie. Sous les traits d’un pauvre enfant dans une mangeoire, elle nous montre Celui qui propose à tous la véritable puissance, la véritable richesse. C’est le Fils de Dieu, le Tout-Puissant qui vient à nous dans la faiblesse. Il ne peut rien contre nous, mais comme tous les petits bébés, par sa fragilité-même il sollicite notre bienveillance, notre amour. Il a besoin de notre aide, de notre attention. Si nous la lui refusons, nous fermons notre cœur et notre vie se dessèche, si nous la lui accordons notre cœur s’ouvre et notre vie se dilate.  C’est en cela qu’il se montre le sauveur : il propose à chaque homme de devenir réellement humain, de retrouver la ressemblance avec le Créateur qui l’a créé à son image, c’est à dire capable d’aimer. Car l’homme n’est véritablement humain que lorsque sa liberté le rend solidaire des autres, lorsqu’il est capable de dépasser ses petits intérêts immédiats pour travailler au bien commun, lorsqu’il sort de lui-même pour s’intéresser à ses frères. Il n’est humain que quand il reconnaît ses limites, quand il ne se prend pas pour Dieu.

 

 Il y a tant de choses qui déshumanisent l’homme ! … Sans compter les drogues et autres addictions, il y a déjà ses mauvais penchants, qui le poussent à l’égoïsme et à l’orgueil, mais aussi la misère ou des idéologies qui l’égarent dans des voies sans issue. Voyez ces enfants soldats dressés à tuer dès le plus jeune âge, ces malheureuses gamines de nos pays qui se laissent persuader qu’elles trouveront le bonheur en séduisant et qui pour cela s’accoutrent comme pour faire le trottoir, ou ces étudiants que l’on conditionne à tout faire pour  avoir  un métier où l’on gagne beaucoup…  Et l’on se croit très humaniste en offrant à des jeunes de milieux  défavorisés des facilités pour intégrer ce monde de requins

Au lieu de ces impasses, l’enfant Jésus nous propose une autre voie: « Tu veux être riche : fais comme moi,  accepte d’être pauvre de cœur, et tu possèdes le Royaume de Dieu. Tu veux être puissant, fais comme moi, pratique la douceur et tu possèderas la terre. Tu as de grands désirs, fais comme moi, travaille à la justice, et tu seras rassasié. Tu aspires à la gloire : fais comme moi, recherche la paix et tu seras appelé fils de Dieu. » Il ne nous demande pas de renoncer à nos aspirations, à notre quête de bonheur, car cela fait partie de notre humanité, mais il nous montre que bien souvent nos désirs se trompent d’objet, et que si nous les suivons sans discernement nous courrons à la déception, ou même à la catastrophe, car il y a bien des hameçons cachés dans les appâts qui suscitent nos désirs.

Il nous veut libres, et lui seul peut vraiment nous libérer. Il n’agit pas comme un séducteur qui éblouit ses proies pour mieux les embobiner : il se propose sans éclat, et attend notre consentement. Beaucoup n’y font pas attention, ou même le rejettent, passant ainsi à côté des véritables richesses. Mais ceux qui lui disent oui n’ont pas à le regretter, car il leur donne ce que désire vraiment leur cœur : l’assurance d’un amour indéfectible. Devant tous les dangers qui nous menacent, c’est bien cela que nous désirons, et nous multiplions les moyens humains pour nous assurer contre les risques. Mais aucun assureur ne peut nous garantir contre la mort  de ceux que nous aimons, ni même contre leur abandon. Jésus, lui, s’est donné entièrement à nous, nous a aimés jusqu’à en mourir, et il est ressuscité : si nous l’acceptons, son amour ne nous quittera jamais, et c’est lui qui nous permettra d’être heureux, même dans la souffrance.

En lui, nous reconnaissons Dieu qui vient partager notre humanité, Dieu qui descend vers nous. Mais ce n’est que la moitié du mystère de Noël : si nous acceptons de devenir les amis de Jésus, il nous entraîne dans sa résurrection et notre vie prend une dimension divine : la paix de Dieu est au fond de notre cœur, et même si nous sommes ballottés par les tempêtes, plongés dans les ténèbres, déçus par nos appuis terrestres, nous gardons confiance. C’est l’expérience des saints de tous les temps, de ceux qui sont canonisés comme des humbles que personne ne remarque.

« Paix sur la terre aux hommes qu’il aime», chantaient les anges dans le ciel de Noël. Ce n’est pas la paix que les privilégiés tentent de s’offrir en s’enfermant dans des résidences sécurisées et en accumulant les avoirs bancaires. Ce n’est pas la paix que les nations cultivent en perfectionnant leur armement. Ce n’est pas la paix que recherchent ceux qui fuient toute responsabilité en s’en allant sur les routes. C’est la paix du cœur qui consent à être aimé de Dieu et qui se laisse transformer par cet amour. La paix de celui qui s’appuie sur un roc inébranlable, et dont les trésors ne craignent ni les voleurs ni les spéculateurs.

Voilà le cadeau que Dieu nous offre chaque jour, mais que nous célébrons tout particulièrement à Noël. Cadeau que certains ne déballent même pas, mais que ceux qui en reconnaissent la valeur s’empressent de partager. En effet, à la différence des biens de ce monde, ces trésors ne diminuent pas quand on y puise, ils grandissent au contraire car ils sont faits pour être partagés à tous. C’est cela le Royaume de Dieu, bien différent des empires terrestres.

 

 

Crèche et crise

Lundi 10 novembre 2008

Les crèches que nous allons voir en ces temps de Noël nous donnent une image inversée de notre société et de la mentalité qui la mène à la ruine. Elles nous montrent en effet une pauvre famille dont l’enfant vient au monde dans une étable, que des pauvres bergers viennent visiter avec d’humbles présents. Simplicité, générosité, partage.

            La crise dont on parle depuis quelques mois vient de ce que l’on cultive exactement le contraire : folie des grandeurs, cupidité, égoïsme. Il faut être bien naïf pour croire que si chacun ne cherche que son propre intérêt tout l’ensemble pourra vivre harmonieusement, et bien irresponsable pour encourager consommation et gaspillage en poussant les gens à vivre à crédit. Il faut même être bien cruel ou bien ignorant pour chercher à faire croire que le bonheur se trouve dans les biens matériels.

            Certes la soif de plaisirs et de possession est bien enracinée au cœur de l’homme de tous les temps, mais de tout temps aussi les sages ont compris que ce n’était pas le chemin du bonheur. A l’opposé, le monde actuel présente comme idéal ce qui était considéré comme une faiblesse et refuse toute limitation à l’autonomie de l’individu. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que des peuples dont la tradition est de se soumettre à une loi divine conçoivent pour notre occident une haine mêlée de mépris et d’envie.

            Ce ne sont pas les sentiments que la fête de Noël cherche à développer en nous. Mais la crèche nous redit : Attention, l’essentiel n’est pas dans ce qui brille et fait du bruit ! Le Fils de Dieu se fait l’un de nous, et il naît dans la pauvreté. La vraie richesse ne se mesure pas au pouvoir d’achat, mais à notre capacité d’aimer, à notre consentement à l’amour de Dieu pour nous. A Noël, sous les traits de l’enfant Jésus, c’est cet amour qui s’offre à nous, qui nous invite.

 Que les conditions économiques difficiles qui s’annoncent soient l’occasion pour tous d’entendre ce message, et, pour ceux qui en auront les moyens, de partager davantage avec les démunis. La décroissance économique peut être une chance si elle devient l’occasion d’une croissance spirituelle. A nous de monter que c’est possible et de changer en bénédiction ce que d’autres considèrent comme une catastrophe.

pauvreté ou cynisme

Lundi 15 septembre 2008

Dans quelques semaines la Toussaint nous donnera l’occasion d’entendre de nouveau l’Evangile des Béatitudes. La première proclame : « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux. » Quand on entend parler du nombre de pauvres qu’il y a dans le monde, on pourrait se dire que beaucoup de gens correspondent à cette béatitude et jouissent ainsi du Royaume des cieux. Ce serait se faire illusion, car la pauvreté dont parle Jésus n’est pas la pauvreté matérielle, mais elle correspond à une attitude de l’esprit de l’homme, de son cœur, et le manque de ressources ne suffit pas à la générer.

Le pauvre de cœur est d’abord celui qui reconnaît sa place dans l’univers. Il accepte de n’être qu’un élément de l’ensemble, une créature dépendante des autres et de Dieu. Il reconnaît qu’il y a un ordre dans lequel il cherche à s’inscrire, des lois qu’il respecte de bon cœur, persuadé qu’il ne peut se construire un bonheur au dépends des autres. Son souci de la justice, autre béatitude importante, est d’abord le souci d’être soi-même juste, avant d’exiger qu’on le soit envers lui.

L’attitude inverse est le cynisme, qui touche souvent les puissants mais n’en est pas moins répandu dans toutes les couches de la société. Ces esprits forts jugent que les lois sont peut-être bonnes pour les autres, mais qu’elles ne les concernent que quand ils peuvent en tirer profit. Aucun souci du bien commun ne les habite, mais seulement la recherche de leur intérêt, qui est la seule réalité importante. Cela se traduit de bien des manières, mais le point commun est que l’on profite des autres sans égard pour eux. Ainsi le séducteur et ses victimes, l’employeur qui profite de la misère du peuple pour payer des salaires insuffisants. Mais aussi l’assisté qui se débrouille pour toucher toute sorte d’allocations sans travailler et tous ceux qui savent faire valoir leurs droits sans assumer leurs devoirs.

Ce n’est pas par fantaisie que Jésus attribue le Royaume de cieux aux pauvres de cœur, il ne fait que constater la réalité. On peut vivre en aimant, en donnant la priorité à autrui, mais on peut aussi s’enfermer sur soi, sans souci du prochain. Dans le premier cas, même sans le savoir, on vit dans l’esprit de Dieu, qui est un Dieu d’amour, dans le second on s’illusionne en se croyant le centre du monde, en se prenant finalement pour dieu. L’esprit du monde entraîne les gens dans ces illusions flatteuses, et la consommation de drogues diverses manifeste bien cette fuite de la réalité. A un degré moindre, l’incapacité à être seul ou en silence montre bien que l’on ne supporte pas de se trouver face à soi-même et à sa pauvreté.

Les saints ont accepté leur pauvreté, ils l’ont acceptée avec joie car ils avaient confiance en l’amour de Dieu, malgré les difficultés de la vie ; elle fait même leur bonheur éternel. A l’opposé, d’autres s’accrochent définitivement à leur cynisme, infernale illusion qui les damne. Entre les deux ceux qui admettent leurs erreurs et acceptent d’en être purifiés peuvent rejoindre les premiers quand ils sont prêts. Mais ce n’est pas seulement notre destinée éternelle qui est concernée : on voit bien que dans un monde de cyniques la seule loi est celle du plus fort ou du plus malin, et la violence en fait un enfer.  Les pauvres de cœur peuvent au contraire constituer une société harmonieuse où chacun respecte les autres et met au service de l’ensemble ses propres richesses, comme dans le Royaume de Dieu. A nous de choisir…

  

  


Le culte du myocarde

Jeudi 4 septembre 2008

Le culte du myocarde

    

Nos ancêtres, comme les peuples primitifs, avaient le sens du symbole. Le visible évoquait pour eux un invisible bien réel, auquel on accordait une grande importance. Cette attitude se développait tout particulièrement dans le domaine religieux, mais elle ne s’y cantonnait pas : toute la vie fournissait des occasions de la mettre en œuvre. Ainsi, la fragile vie biologique de l’homme était respectée en tant que manifestation d’une vie spirituelle, et quand on parlait de cœur, on avait à l’esprit ce qu’il y a de meilleur en l’homme : pour certains le courage, pour d’autres l’amour.

            Le progrès nous a permis de nous débarrasser de ce fatras et de cantonner notre intérêt à ce qui se voit, et qui devient par là-même la réalité ultime. Le problème, c’est que le visible est le plus souvent mortel, surtout dans le domaine biologique. Et la médecine semble une lutte désespérée contre cette mortalité. Ainsi la pratique de nombreux médecins traduit la conviction que la vie biologique est à prolonger à tout prix, même si cette vie ne se traduit que par le battement plus ou moins artificiel d’un cœur. Le sacré qui ne peut plus concerner les réalités invisibles, désormais disqualifiées, se réfugie ainsi dans ce misérable muscle enfin dépouillé de toute signification autre que mécanique.

            C’est un véritable culte qui est ainsi rendu à grands frais au myocarde, culte qui rappelle celui que les Hébreux sortis d’Egypte rendirent au veau d’or qu’ils se fabriquèrent faute de pouvoir mettre leur confiance en un Dieu dont ils constataient l’action mais qu’ils ne pouvaient voir. D’ailleurs il s’accorde bien et entretient des liens de parenté avec celui que l’on voue au Profit, seul motif désormais de l’activité économique. Quel progrès par rapport à nos ancêtres qui croyaient encore en l’utilité sociale du travail !

    

Les grandes découvertes

    

On croyait que le XVI° siècle était celui des grandes découvertes. Il se pourrait bien que le XXI° le dépasse. En effet, la crise de la vache folle a permis aux journalistes de découvrir que, dans certaines conditions, les vaches pouvaient se nourrir d’herbe, et la présente crise des prix des manières premières fait penser certains que l’agriculture pourrait avoir pour but de nourrir les populations, et, chose plus incroyable encore, que le gaspillage n’est peut-être pas une bonne chose.

            Comme chacun sait, les grandes découvertes mettent longtemps à pénétrer les mentalités, et il ne faut pas s’étonner que celles-ci ne trouvent pas encore d’applications véritables. Patience… Mais souvent aussi les grandes découvertes s’enchaînent. Qui sait si l’on ne va pas bientôt découvrir que la banalisation du sexe a des effets pervers sur l’individu comme sur la société, et, pourquoi pas, que le christianisme peut apporter à l’homme une qualité de vie que le matérialisme pratique ne lui donne pas.

Confiance limitée

Vendredi 6 juin 2008

La crise alimentaire, comme on dit, a éclaté brusquement il y a quelques mois, alors que les médias ne laissaient rien soupçonner. Et tout le monde s’alarme en voyant revenir le spectre de la famine, qui ne touche plus seulement la population misérable de quelques pays sous-développés, mais qui concerne aussi, par l’augmentation des prix, notre Occident civilisé.

            Nous n’avons pas à présenter ici une analyse approfondie de la situation, mais voyons quelles leçons nous pouvons en tirer pour notre vie personnelle.

            Traditionnellement l’agriculture avait pour vocation première de nourrir la population locale. D’où la polyculture qui était répandue à des degrés divers dans la plupart des régions, autant que le permettait le climat. Bien sûr, les rendements n’étaient pas partout excellents, mais cela permettait un certain équilibre entre élevage et céréales, avec des besoins limités de moyens de transport. L’expérience enseignait d’ailleurs à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

 Les économistes et autres gens de progrès se sont attachés à arracher la paysannerie à ses croyances archaïques et à lui faire comprendre que désormais le but premier de l’agriculteur c’est de faire du profit, sans trop préciser à qui irait le profit… Et c’est la spécialisation qui s’est développée à l’échelle mondiale, avec tous ses inconvénients. Déséquilibres écologiques, transports à des milliers de kilomètres, exode rural, fragilité devant les aléas climatiques, sans compter la spéculation sur des marchés mondialisés.

   Une parole du prophète Jérémie me semble illustrer cette situation : « Malheur à l’homme qui met sa confiance en l’homme et qui fait d’une chair son appui. »   

 En effet, on a fait une confiance aveugle à des théories économiques que l’on a appliquées sans discernement, et l’on s’est en particulier imaginé qu’en créant des interdépendances économiques on éviterait guerres et conflits. Chacun doit ainsi compter sur les autres. Le problème, c’est que si l’un défaille, tout est déséquilibré, et l’on n’a même pas la possibilité d’aider le défaillant, puisqu’il avait le monopole de sa production.

Il ne s’agit pas de prôner une autarcie où chacun se débrouillerait pour produire tout ce qui lui est nécessaire, mais de voir dans quelle mesure il est raisonnable de faire faire par autrui ce que l’on peut faire facilement soi-même. C’est vrai sur le plan matériel, mais plus encore sur le plan moral et spirituel.

Nous avons, certes, à cultiver les relations avec nos frères, et c’est même leur qualité qui fait la réussite d’une vie. Nous dépendons des autres de bien des façons, matériellement et affectivement. Mais si nous faisons de l’un ou l’autre notre seul appui, nous risquons bien, selon l’expression de Jérémie, de nous retrouver « comme un chardon dans la steppe », s’il vient à défaillir. L’homme est faible et mortel, et il ne convient pas de lui demander plus qu’il ne peut donner, à lui et à ses entreprises. Même si c’est romantique, il est dangereux de se dire de quelqu’un : « il est tout pour moi ». Si nous aspirons à une sécurité que rien ne peut menacer, c’est sur Dieu que nous devons nous appuyer, et nous serons alors « comme un arbre planté au bord des eaux, qui tend ses racines vers le courant (…) Dans une année de sècheresse il est sans inquiétude et ne cesse de porter du fruit. » Jr 17, 5-8. Car cette sécurité est d’ordre spirituel et elle relativise toutes les pauvretés.

     JJF

Résurrection et sexe

Vendredi 9 mai 2008

La condition exacte des corps ressuscités est assez difficile à imaginer, et les Ecritures ne nous donnent guère de détails. Qui plus est, nous ne prêtons souvent qu’une attention assez vague aux rares affirmations qu’elles contiennent à ce sujet et même des docteurs en théologie répètent des contre-vérités largement répandues.

            On cite en effet l’expression éminemment biblique « Il n’y a plus ni homme ni femme », pour signifier que la condition sexuée n’a plus cours dans le Royaume de Dieu, après la résurrection. On attribue expressément cette affirmation à Jésus lors d’une controverse avec les Sadducéens. En fait, l’Evangile ne nous rapporte rien de tel, et c’est saint Paul qui peut revendiquer la paternité de l’expression. Et il ne prétend par décrire ce qui sera au delà de la mort, mais la situation présente du chrétien (Ga 3,28). Nous y reviendrons. Jésus pour sa part se contente de dire : « A la résurrection, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel. (Mt 22,30 ; Mc 12, 18) ». En Lc 20,36, la mention des anges est précisée : « ils ne peuvent plus mourir car ils sont pareils aux anges ». On sait d’autre part l’inanité des discussions sur le sexe des anges, on ne peut donc affirmer comme on le fait trop souvent que la condition sexuée est purement et simplement abolie dans le monde de la résurrection.

            Revenons à saint Paul, et replaçons dans son contexte l’expression citée. Ga 3, 27 : « Vous tous, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, car tous vous ne faites plus qu’un dans le Christ. » La différence homme-femme est mentionnée à la suite de deux autres qui concernent l’appartenance ethnique et le statut social.

 Dans la situation ordinaire de l’homme pécheur, ces différences sont source d’opposition, d’incompréhension et souvent de mépris mutuel. De plus, chacun a tendance à se définir par son appartenance à tel ou tel groupe, et donc en opposition aux autres. Cette appartenance lui tient le plus souvent lieu d’identité.        

La conversion au Christ, et plus encore son achèvement dans la résurrection, change les choses. Elle nous permet de prendre conscience de notre identité véritable : 1 Co 15, 10 : « c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis », de manière unique, même si je continue d’appartenir à tel ou tel groupe. Ces appartenances ne sont pas niées, elles sont relativisées : ce ne sont plus elles qui me définissent et conditionnent mon comportement. Mieux encore, alors que le péché stérilise les différences et en fait, comme on vient de le dire des oppositions, l’accueil de la grâce permet une réconciliation et des relations fécondes, que ce soit entre Juifs et Grecs, maîtres et serviteurs, hommes et femmes. A la place des préjugés et des comportements stéréotypés dictés par l’appartenance, des relations originales d’être à être peuvent s’établir librement, où chacun apporte ses richesses et se trouve stimulé par l’autre. Le sexe, le statut social ou ethnique et bien d’autres choses encore colorent ces relations, mais ne les conditionnent plus. Désormais, lorsque j’agis, c’est un membre du corps du Christ qui agit personnellement, et non pas seulement un mâle ou une femelle, un Juif ou un Grec, un maître ou un serviteur. Là où est l’Esprit du Christ, là aussi est la liberté (2 Co 3, 17)…

Si la Résurrection est l’achèvement de la Création, il serait étonnant qu’elle en vienne à détruire ce qui a été voulu par Dieu dès le commencement : « mâle et femelle il les créa ». Ce sont les conséquences funestes du péché qui seront abolies et non pas ce qui est constitutif des êtres crées. Aspirer à la liberté par rapport aux pulsions sexuelles vaut sans doute mieux que de se complaire à les suivre, mais rêver d’une vie asexuée ne semble pas très cohérent avec la tradition biblique. Et jusqu’ici, quand l’Eglise en prière parle du Christ, elle emploie le masculin, et pour la Vierge Marie le féminin. Pourtant l’un et l’autre appartiennent au monde de la résurrection…

JJF

Vous avez dit morale?

Jeudi 17 avril 2008

Beaucoup de gens se réjouissent en entendant dire que l’on va de nouveau enseigner la morale aux enfants des écoles. S’ils espèrent que leurs petits-enfants vont recevoir un enseignement comparable à celui qu’ils ont eux-mêmes reçu, ils seront sans doute déçus.

            En effet, la morale que l’on enseignait dans les écoles de la République correspondait à une conception de l’homme qui n’a plus cours de nos jours, et si l’enseignement de cette morale a disparu, c’est sans doute moins par décret des autorités que parce que les maîtres se rendaient compte qu’il n’était plus d’actualité.

Cette morale laïque était très marquée par la morale catholique, qui avait elle-même beaucoup repris des Anciens Grecs et Romains. Pour faire bref, on pourrait dire qu’elle invitait l’homme à renoncer à ses tendances spontanément égoïstes pour rechercher le bien commun ou même l’agrément du prochain. Bénéficiant de l’expérience des siècles, c’était une morale de l’effort et du dépassement , elle prônait la noblesse de comportement même si elle s’adressait à tout le peuple. Elle invitait au discernement, car, pour elle, tout ne se valait pas : le plus important  était souvent dans l’invisible, et elle promouvait cette dignité qui est la richesse des pauvres.

Les messages que nous adressent unanimement les médias depuis des décennies montrent une tout autre conception de la vie : l’essentiel c’est de s’épanouir en se gênant le moins possible, c’est de satisfaire ses envies en consommant de plus en plus. Pour beaucoup, le meilleur indice  de la qualité de vie est le pouvoir d’achat. L’individu seul est pris en compte, l’individu qui doit se défendre contre la concurrence des autres individus et ne s’intéresse aux lois que lorsqu’il peut en tirer profit, puisque, justement, le profit est la seule loi valable. L’homme a perdu toute valeur, et l’on aurait bien tort de renoncer à quelque bénéfice dans l’intérêt d’autrui ou même pour la satisfaction d’avoir une meilleure image de soi. L’écologie a un certain succès, mais la motivation est le plus souvent fort matérialiste. Quant aux principes, chacun est libre d’en avoir, tant qu’il ne cherche pas à les imposer aux autres.

C’est un véritable miracle qui serait nécessaire pour qu’un enseignement moral digne de ce nom puisse être élaboré et, plus encore, suivi d’effet. D’abord il faudrait aller contre les principes de la société de consommation, et ensuite, si les enfants entendent des discours divergents à l’école, dans leur famille, dans leurs loisirs, dans les médias et au catéchisme, ils ont vite fait de les discréditer et de choisir ce qui les flatte. Mais le miracle qui bouleverserait les discours et la culture ambiante ne suffirait pas pour que les jeunes deviennent des hommes de bonne moralité. Car c’est de l’intérieur que l’homme se dégrade ou se construit : il peut être aidé, encouragé, et le devoir de la société est de lui fournir cette aide et ces encouragements,  mais c’est à lui qu’appartient la décision, et nul ne peut agir à sa place.

Pour Pentecôte nous fêtons le don de Celui qui se propose pour renouveler l’homme de l’intérieur, de l’Esprit qui nous décentre de notre égoïsme pour répandre en nos cœurs l’amour de Dieu et de nos frères. Il nous détourne de la recherche de nos petits intérêts, nous fait discerner le Bien véritable, nous donne la vraie noblesse de cœur. Quelles que soient les lois humaines nous pouvons nous efforcer de l’accueillir et de prier pour qu’il soit accueilli.

  

                                                JJ.F.


  

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