Vérité

Vérité, connaissance, supériorité.

 

Nos premiers parents, selon les Ecritures, ont mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Nous ne devrions jamais l’oublier, car ce récit imagé rend compte de la plupart des comportements de leurs descendants que nous sommes.

En mangeant de ce fruit défendu, ils ont eu la prétention de s’approprier la connaissance, de sorte que désormais, les hommes ont la conviction que ce qu’ils perçoivent, ce qu’ils pensent, ce qu’ils imaginent correspond exactement à la réalité : ils confondent spontanément croire et savoir. Ce que je pense est vrai, ce que je fais est bon, bref, je suis le meilleur. Cette attitude fondamentale marque profondément les individus aussi bien que les groupes humains. Si, d’un point de vue logique, elle est difficilement justifiable, elle correspond à quelque chose d’essentiel pour notre humanité : l’attrait pour le Vrai, pour le Bon, que les Anciens appelaient, avec l’Un, les Transcendantaux. Ce sont des notions premières que l’on ne saurait définir et dont chacun a l’intuition, même si tous n’y voient pas le même contenu.

Cette identification spontanée du moi avec le Vrai et le Bon est nécessaire pour que l’enfant veuille vivre et grandir, mais si le contact avec les autres se fait bien, une distance se fait jour entre le moi et les transcendantaux. Et si je fais la distinction entre moi et le Vrai-Bien, aussitôt se présente l’épreuve du choix : à qui vais-je donner la priorité ?

Si j’opte pour le Vrai-Bien, j’entre dans un processus de remise en cause qui fait que mon moi se déprend de ce qui lui apparaît comme des erreurs ou de mauvaises attitudes et s’enrichit de multiples découvertes. C’est la mise en oeuvre de la vertu d’humilité qui ne revient pas à se dévaloriser, mais qui incite à rechercher ce qui est vrai, ce qui est bon et à le faire sien. Mais pour rechercher il faut d’abord reconnaître son manque : ce n’est pas par hasard que la première béatitude est celle des pauvres de coeur ! Reconnaître sa pauvreté est nécessaire pour s’enrichir, et parvenir à la richesse suprême qui est celle du Royaume de Dieu.

Cette préférence donnée au Vrai-Bien n’est pas automatique : l’orgueil personnel, la paresse intellectuelle, aussi bien que des flatteries extérieures peuvent m’inciter à oublier cette petite distance qui s’est fait jour entre mon moi et le Vrai-Bien. Je fais alors de nouveau comme s’ils étaient confondus et je puis me dispenser de toute recherche, de toute remise en cause, puisque par définition, la vérité c’est ce que je pense, le bien c’est ce que je fais. Je ne puis me laisser enseigner par personne, puisque je sais. Plein de cette illusoire richesse, je ne puis rien recevoir.

 

Les processus que je viens de décrire concernent d’abord l’enfance, même s’ils peuvent durer toute la vie. Mais chez l’adulte une troisième voie est possible, qui a du succès chez notre élite intellectuelle : pour s’opposer à ceux qui s’identifient naïvement ou par calcul au Vrai-Bien, ils nient purement et simplement les transcendantaux : il n’y a pas de vérité, l’idée de Bien n’est qu’une illusion. On ne saurait donc établir quelque hiérarchie que ce soit, puisque tout se vaut. Ceux qui répètent ce discours à la mode ne se rendent-il pas compte de son caractère contradictoire ? S’il n’y a pas de vérité, quelle est la valeur de ce discours, et si tout se vaut, l’opinion contraire n’est elle pas aussi valable ?

Comme dans la plupart des conflits, l’issue n’est pas sur le champ de bataille, il n’y a de sortie que par le haut. Ici dans le respect de la transcendance du Vrai et du Bon. Ils ne sont pas respectés quand on les nie, pas davantage quand on se les approprie. Ils doivent rester l’objet de notre recherche, comme une étoile qui nous montre la route mais que nous n’atteindrons pas tant que nos pieds fouleront la terre.

 

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