surveillance

Surveillance

Nos ancêtres croyaient pour la plupart en un Dieu qui voyait tout, entendait tout, et gardait en mémoire nos moindres pensées pour le Jour du Jugement. Jour terrible où tout ce que nous avons fait, dit ou pensé serait porté à la connaissance de tous. Beaucoup de nos contemporains ne croient plus en Dieu, et pour la plupart de ceux qui y croient encore, ce n’est plus son rôle de Juge Suprême qui est mis en avant : on parle plutôt de son amour, de sa miséricorde, de son pardon.

Ce n’est pas pour autant que la fonction de surveillance et de mémoire universelle qui lui était attribuée a disparu, bien au contraire. Peu de temps après que la liberté de l’individu a été érigée en principe, et que la référence à Dieu a disparu de la politique officielle, c’est l’Etat qui a pris en charge la surveillance des citoyens. Toute une bureaucratie s’est mise en place avec ses services de renseignements et ses fichiers. Le XIX° siècle a manifesté ce désir de tout voir en construisant des panoptiques, prisons ou ateliers où un seul surveillant, placé au centre, pouvait voir ce que faisaient ces centaines de personnes, et l’on sait la place que les régimes totalitaires accordaient à leurs polices, publiques ou spéciales. Certains historiens affirment que sans les machines mécanographiques qui permettaient de traiter les fichiers, les Nazis n’auraient pu mettre en oeuvre leurs plans criminels.

Mais on n’arrête pas le progrès : désormais nos ordinateurs, nos téléphones, nos cartes bancaires, les diverses caméras qui enregistrent nos passages dans les lieux publics gardent en mémoire nos déplacements, nos conversations, nos achats, nos écrits, nos lectures. Dans l’infime volume des diverses puces sont contenues des quantités d’informations qu’aucune mémoire humaine ne pourrait embrasser, et des actes dont nous n’avons aucun souvenir peuvent un jour ou l’autre nous être reprochés.

La catéchèse ancienne s’appuyait misait sur la capacité de Dieu à tout voir et à tout garder en mémoire pour détourner les gens du péché : le résultat était contrasté, d’autant qu’on savait que Dieu peut pardonner lorsque l’homme se repent. De nos jours, il n’y a nul pardon à attendre des mémoires informatiques, tout est conservé autant que la technique le permet. Est-ce pour autant un obstacle à l’expression de nos mauvais penchants ? Rien n’est moins évident. Mais le sentiment d’être l’objet d’une surveillance perpétuelle risque de maintenir le grand nombre dans une attitude infantile et de susciter chez certains des idées de révolte dont la société a tout à craindre.

Lorsque les hommes s’approprient ce qui revient à Dieu, l’humanité n’en tire guère profit.

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