• Accueil
  • > Archives pour février 2012

Archive pour février 2012

Vérité

Vendredi 10 février 2012

Vérité, connaissance, supériorité.

 

Nos premiers parents, selon les Ecritures, ont mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Nous ne devrions jamais l’oublier, car ce récit imagé rend compte de la plupart des comportements de leurs descendants que nous sommes.

En mangeant de ce fruit défendu, ils ont eu la prétention de s’approprier la connaissance, de sorte que désormais, les hommes ont la conviction que ce qu’ils perçoivent, ce qu’ils pensent, ce qu’ils imaginent correspond exactement à la réalité : ils confondent spontanément croire et savoir. Ce que je pense est vrai, ce que je fais est bon, bref, je suis le meilleur. Cette attitude fondamentale marque profondément les individus aussi bien que les groupes humains. Si, d’un point de vue logique, elle est difficilement justifiable, elle correspond à quelque chose d’essentiel pour notre humanité : l’attrait pour le Vrai, pour le Bon, que les Anciens appelaient, avec l’Un, les Transcendantaux. Ce sont des notions premières que l’on ne saurait définir et dont chacun a l’intuition, même si tous n’y voient pas le même contenu.

Cette identification spontanée du moi avec le Vrai et le Bon est nécessaire pour que l’enfant veuille vivre et grandir, mais si le contact avec les autres se fait bien, une distance se fait jour entre le moi et les transcendantaux. Et si je fais la distinction entre moi et le Vrai-Bien, aussitôt se présente l’épreuve du choix : à qui vais-je donner la priorité ?

Si j’opte pour le Vrai-Bien, j’entre dans un processus de remise en cause qui fait que mon moi se déprend de ce qui lui apparaît comme des erreurs ou de mauvaises attitudes et s’enrichit de multiples découvertes. C’est la mise en oeuvre de la vertu d’humilité qui ne revient pas à se dévaloriser, mais qui incite à rechercher ce qui est vrai, ce qui est bon et à le faire sien. Mais pour rechercher il faut d’abord reconnaître son manque : ce n’est pas par hasard que la première béatitude est celle des pauvres de coeur ! Reconnaître sa pauvreté est nécessaire pour s’enrichir, et parvenir à la richesse suprême qui est celle du Royaume de Dieu.

Cette préférence donnée au Vrai-Bien n’est pas automatique : l’orgueil personnel, la paresse intellectuelle, aussi bien que des flatteries extérieures peuvent m’inciter à oublier cette petite distance qui s’est fait jour entre mon moi et le Vrai-Bien. Je fais alors de nouveau comme s’ils étaient confondus et je puis me dispenser de toute recherche, de toute remise en cause, puisque par définition, la vérité c’est ce que je pense, le bien c’est ce que je fais. Je ne puis me laisser enseigner par personne, puisque je sais. Plein de cette illusoire richesse, je ne puis rien recevoir.

 

Les processus que je viens de décrire concernent d’abord l’enfance, même s’ils peuvent durer toute la vie. Mais chez l’adulte une troisième voie est possible, qui a du succès chez notre élite intellectuelle : pour s’opposer à ceux qui s’identifient naïvement ou par calcul au Vrai-Bien, ils nient purement et simplement les transcendantaux : il n’y a pas de vérité, l’idée de Bien n’est qu’une illusion. On ne saurait donc établir quelque hiérarchie que ce soit, puisque tout se vaut. Ceux qui répètent ce discours à la mode ne se rendent-il pas compte de son caractère contradictoire ? S’il n’y a pas de vérité, quelle est la valeur de ce discours, et si tout se vaut, l’opinion contraire n’est elle pas aussi valable ?

Comme dans la plupart des conflits, l’issue n’est pas sur le champ de bataille, il n’y a de sortie que par le haut. Ici dans le respect de la transcendance du Vrai et du Bon. Ils ne sont pas respectés quand on les nie, pas davantage quand on se les approprie. Ils doivent rester l’objet de notre recherche, comme une étoile qui nous montre la route mais que nous n’atteindrons pas tant que nos pieds fouleront la terre.

 

en campagne

Vendredi 3 février 2012

Cela fait déjà quelque temps que l’on entend beaucoup parler des prochaines élections et que les candidats, et ceux qui le seront peut-être, cherchent à capter nos voix. Beaucoup d’énergie est ainsi dépensée pour la conquête du pouvoir. C’est la règle de la démocratie : il faut plaire au plus grand nombre pour être élu.

Mais il y a diverses manières de plaire, et elles n’ont pas toutes la même valeur morale. Certaines respectent l’électeur et d’autres ne cherchent qu’à

le manipuler.

Les unes s’adressent à sa raison, à ce qu’il y a de plus noble en lui. Elles ne cherchent pas à dissimuler les difficultés, et s’abstiennent de promesses irréalistes. Elles s’appuient sur la vérité et considèrent que l’électeur lui-même est capable de discerner cette vérité et de la choisir librement.

Les autres veulent surtout séduire et utilisent pour cela tous les moyens : on joue sur les peurs, on flatte les bas instincts , on va dans le sens des préjugés, on promet la lune. On fait appel aux prétendus spécialistes de la communication pour que ce soit le plus efficace possible, comme dans le monde de la publicité où il s’agit de conditionner les gens à acheter tel produit.

Je ne veux pas dire que tel candidat utilise une méthode et tel autre l’autre, car ils jouent généralement sur les deux tableaux. Je veux seulement souligner le fait que les élus sont à l’image de leurs électeurs : si nous nous laissons dicter notre conduite par les professionnels de la communication, nous n’arriverons pas au même résultat que si nous réfléchissons nous-mêmes et si nous obéissons à notre conscience. Mettre en oeuvre notre liberté, développer notre discernement, voilà le meilleur moyen de ne pas de tomber sous la dictature, que ce soit celle d’un homme, d’un parti ou des marchés financiers.

J.J. Fauconnet.

surveillance

Vendredi 3 février 2012

Surveillance

Nos ancêtres croyaient pour la plupart en un Dieu qui voyait tout, entendait tout, et gardait en mémoire nos moindres pensées pour le Jour du Jugement. Jour terrible où tout ce que nous avons fait, dit ou pensé serait porté à la connaissance de tous. Beaucoup de nos contemporains ne croient plus en Dieu, et pour la plupart de ceux qui y croient encore, ce n’est plus son rôle de Juge Suprême qui est mis en avant : on parle plutôt de son amour, de sa miséricorde, de son pardon.

Ce n’est pas pour autant que la fonction de surveillance et de mémoire universelle qui lui était attribuée a disparu, bien au contraire. Peu de temps après que la liberté de l’individu a été érigée en principe, et que la référence à Dieu a disparu de la politique officielle, c’est l’Etat qui a pris en charge la surveillance des citoyens. Toute une bureaucratie s’est mise en place avec ses services de renseignements et ses fichiers. Le XIX° siècle a manifesté ce désir de tout voir en construisant des panoptiques, prisons ou ateliers où un seul surveillant, placé au centre, pouvait voir ce que faisaient ces centaines de personnes, et l’on sait la place que les régimes totalitaires accordaient à leurs polices, publiques ou spéciales. Certains historiens affirment que sans les machines mécanographiques qui permettaient de traiter les fichiers, les Nazis n’auraient pu mettre en oeuvre leurs plans criminels.

Mais on n’arrête pas le progrès : désormais nos ordinateurs, nos téléphones, nos cartes bancaires, les diverses caméras qui enregistrent nos passages dans les lieux publics gardent en mémoire nos déplacements, nos conversations, nos achats, nos écrits, nos lectures. Dans l’infime volume des diverses puces sont contenues des quantités d’informations qu’aucune mémoire humaine ne pourrait embrasser, et des actes dont nous n’avons aucun souvenir peuvent un jour ou l’autre nous être reprochés.

La catéchèse ancienne s’appuyait misait sur la capacité de Dieu à tout voir et à tout garder en mémoire pour détourner les gens du péché : le résultat était contrasté, d’autant qu’on savait que Dieu peut pardonner lorsque l’homme se repent. De nos jours, il n’y a nul pardon à attendre des mémoires informatiques, tout est conservé autant que la technique le permet. Est-ce pour autant un obstacle à l’expression de nos mauvais penchants ? Rien n’est moins évident. Mais le sentiment d’être l’objet d’une surveillance perpétuelle risque de maintenir le grand nombre dans une attitude infantile et de susciter chez certains des idées de révolte dont la société a tout à craindre.

Lorsque les hommes s’approprient ce qui revient à Dieu, l’humanité n’en tire guère profit.