homélie Saint Sacrement

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26 juin

C’est en célébrant la fête du Saint Sacrement que nous clôturons cette année pastorale, mais aussi les douze années que nous avons passées ensemble dans cette paroisse. Cela tombe fort bien, et pour deux raisons principales. D’abord, le Saint Sacrement de l’Eucharistie, comme son nom l’indique, est action de grâce, reconnaissance, remerciement. Et nous avons de quoi rendre grâce. Ensuite, dans le mystère de l’Eucharistie, Jésus nous livre le secret de l’amour véritable, des liens qui continuent au delà de l’absence, et nous donne tout ce qu’il faut pour en vivre. C’est un enseignement toujours à reprendre.

D’abord, donc, rendre grâce. Déjà pour la bonne volonté des nombreuses personnes qui se dévouent pour que la paroisse puisse vivre et assumer sa mission. A travers la catéchèse, les équipes de sépulture, l’accueil, l’entretien des églises, la liturgie, le service des malades, Secours Catholique, CCFD… Malgré nos pauvretés, nous avons pu assurer le service dans un bon esprit, et je soulignerai tout particulièrement la disponibilité dont tout le monde fait preuve. On retrouve sans doute là les traces de l’antique esprit de nos campagnes chrétiennes où le sens du travail à faire l’emportait sur les fantaisies personnelles. Ce serait très bien si les jeunes générations pouvaient s’en inspirer…

Si cette bonne volonté s’appuie sur un bon naturel, elle dépasse largement les limites d’un humanisme généreux. Elle est nourrie d’esprit évangélique. La participation régulière à la Messe contribue à développer cet esprit, mais tout ce qui est formation théologique et spirituelle permet de vivre plus consciemment selon l’esprit de notre baptême. Rendons grâce pour ce que nous avons pu découvrir ensemble dans les divers groupes de réflexion. Ce n’est pas pour minimiser ce que j’ai pu vous apporter que j’emploie ce « nous », mais par ce qu’en vérité j’ai découvert de nouveaux aspects du mystère chrétien en tâchant de vous transmettre ce que j’avais appris. Là aussi se vérifie la parole de Jésus : « Si deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. » Chaque fois que l’on se rassemble pour mieux comprendre la foi, les compétences de l’enseignant sont importantes, mais c’est le Christ lui-même, Verbe de Dieu, qui donne à chacun une compréhension qui correspond à son désir.

Nous pouvons rendre grâce aussi pour ces relations qui se sont établies avec des personnes qui ne fréquentent guère nos églises, mais qui, à l’occasion de repas ou d’autres activités viennent à la Maison paroissiale et semblent apprécier l’esprit qui y règne : cela peut contribuer à atténuer des idées négatives sur l’Eglise…

J’ajouterai un autre motif de reconnaissance. Certaines personnes sont tristes de mon départ et cela se comprend. On ne se fréquente pas pendant douze ans sans que des liens s’établissent. Je suis très touché de la retenue dont elles ont fait preuve pour me l’exprimer. Cela montre leur maturité spirituelle, et j’aurais considéré comme signes d’un échec dans ma mission des manifestations trop affectives. Jésus nous commande de nous aimer les uns les autres, mais pas de nous attacher les uns aux autres. Et le problème est que souvent nous confondons amour et attachement. L’amour du Christ libère et donne la paix. Comme il nous demande de dépasser nos rancunes pour pardonner, il nous invite à dépasser nos sentiments spontanés d’attachement pour aimer comme il nous a aimés.

Et c’est bien ce qui est au coeur de l’Eucharistie. Essayons de revoir la situation. Jésus a vécu pendant trois ans avec un certain nombre de disciples. Au début l’accueil était très bon, et beaucoup de gens l’écoutaient, le suivaient, croyaient en lui. Assez vite cependant les autorités religieuses ont mal vu son action, estimant qu’il présentait un visage de Dieu et de la religion qui ne correspondait pas à leur tradition. La liberté dont il faisait preuve leur était inadmissible, comme celle qu’il communique à ses disciples est toujours scandaleuse pour les hommes qui, au cours des siècles, gardent une âme d’esclave. Des foules le suivaient encore, attirées par les guérisons qu’il accomplissait, elles écoutaient ses paroles sans forcément bien comprendre, mais le cercle des fidèles se rétrécissait, jusqu’à se réduire aux douze Apôtres et à quelques femmes. L’hostilité des chefs allait jusqu’à la décision de le supprimer. A vues humaines, c’était l’échec complet, d’autant qu’il prévoyait que parmi ses plus proches l’un le trahirait, l’autre le renierait, pendant que le reste s’enfuiraient. Ses sentiments d’affection envers ses disciples devaient être particulièrement forts, mais ce n’est pas pour autant qu’il s’accroche à eux ou qu’il se lamente sur la séparation prochaine. C’est dans cette situation qu’il institue l’Eucharistie et trouve le moyen de rester en communion avec ses amis au delà de la mort.

En disant du pain « Ceci est mon corps livré pour vous », et du vin « ceci est mon sang versé pour la multitude », il annonce sa mort et montre qu’il va la vivre librement. La méchanceté et la bêtise des hommes vont se déchaîner contre lui, comme elles ont coutume de le faire dès qu’elles trouvent un être sans défense, mais au lieu de fuir ou de se débattre, il assume jusqu’au bout ce qu’on lui fait subir, sans perdre confiance en Dieu même s’il semble l’avoir abandonné. Les forces du mal peuvent avoir raison de son corps, elles ne peuvent le faire dévier de son orientation vers le Père. Comme leur but est, depuis l’origine de détourner les hommes de Dieu, elles sont mises en échec. Leur victoire apparente est en réalité une défaite puisque Jésus est resté fidèle malgré tout. C’est pour cela que la mort ne peut le retenir et qu’il ressuscite.

Il dit aussi « faites ceci en mémoire de moi ». Il laisse ainsi à ses amis ce moyen mystérieux d’être en communion avec lui. Ils ne le verront plus comme avant, mais ils peuvent être sûrs de sa présence. C’est ce qui s’accomplit quand nous célébrons la Messe. Certes, nous nous remémorons ce qu’il a fait, nous lisons et commentons son Évangile, nous accomplissons le rite. Mais nous reconnaissons aussi sa présence parmi nous . Et si nous sommes invités à communier, c’est que nous n’avons pas affaire seulement à un enseignement philosophique, si élevé soit-il, et dont n’importe qui pourrait s’inspirer. Ce que nous propose Jésus, l’amour qu’il nous invite à vivre, est au dessus de nos forces humaines, et c’est pourtant le seul chemin de vie. S’il nous propose le pain devenu son corps, c’est pour nous communiquer son esprit, sa vie, pour que nous puissions aimer comme il nous a aimés. Pour que nous soyons libérés non seulement de la rancoeur et de la haine, mais aussi des passions et des attachements. C’est ainsi qu’amour peut rimer avec liberté, car il se change en charité.

Spontanément, nous avons plutôt tendance à vouloir profiter des autres, même de ceux que nous croyons aimer, et nous craignons que leur liberté leur permette de se détourner de nous. Jésus nous montre l’exemple inverse et nous invite à le suivre : donner sa vie, se donner à ceux que l’on aime. Non pas pour se faire l’esclave de leurs fantaisies, mais pour, avec eux, progresser sur le chemin de de la liberté, de la vérité. C’est une proposition qu’il nous fait, une invitation qu’il nous adresse. Il n’oblige personne. Ce ne sont ni des lois ni des rites qu’il apporte, mais un nouvel esprit. C’est en s’aventurant avec lui qu’on peut prendre conscience des illusions qui nous tenaient prisonniers. Le philosophe Spinoza disait que l’homme se croit libre car il ignore ce qui le fait agir, et c’est bien vrai tant que l’envie, la cupidité, l’orgueil, l’attachement nous dominent. Et les innombrables spécialistes de la communication qui s’ingénient à manipuler l’opinion utilisent tous ces ressorts pour conditionner le mouvement des foules en leur faisant croire qu’elles agissent librement. Jésus ne cherche pas à nous séduire de la sorte, mais nous appelle à suivre le chemin qu’il a ouvert et sur lequel il nous accompagne. Si nous consentons, si nous le laissons développer en nous le désir de bien vivre, il nous libère progressivement de nos attaches et nous communique sa paix.

C’est tout cela et bien davantage qui nous est donné dans l’Eucharistie. C’est à juste titre que nous reconnaissons que nous n’en sommes pas dignes. Que nous n’avons parfois même pas le désir de changer. Mais c’est pourtant comme une semence que nous recevons avec le corps du Christ. Elle a besoin de conditions favorable pour germer et porter du fruit, mais à la différence des semences ordinaires, elle contribue elle-même à améliorer le terrain, pourvu que nous ne nous y opposions pas. C’est pour cela que l’Eucharistie est le pain vivant, celui qui donne la vie éternelle. Non pas seulement pour après la mort, mais pour que dès maintenant nous vivions de la vie de Jésus ressuscité.

A plusieurs reprises lui-même dit à ses disciples « la paix soit avec vous ». Ce n’est pas seulement une formule de politesse, mais une parole qui accomplit ce qu’elle signifie. Il y a tant de choses qui apportent du trouble dans nos vies ! Beaucoup de gens sont perpétuellement agités. Quel que soit notre tempérament, quelles que soient les épreuves que nous connaissons, la présence de Jésus apporte au profond de notre être silence et apaisement. La mission de l’Eglise est d’apporter cette paix, de la proposer au milieu de l’agitation du monde, et il me semble que nous avons pu l’expérimenter. De cela aussi nous pouvons rendre grâce et dire merci a Dieu, un merci qui ne signifie pas « c’est assez », mais qui veut dire « encore ».

Et nous avons encore un autre motif de rendre grâce : en communiant chacun s’approche du Christ, mais aussi de tous les autres communiants : au delà du temps et de l’espace, l’Eucharistie nous met en relation mystérieuse avec tous les autres disciples de Jésus : nous avons là le moyen de n’être jamais séparés les uns des autres si l’amour du Christ nous unit.

2 Réponses à “homélie Saint Sacrement”

  1. DELORME dit :

    Merci Jean-Jacques,
    J’ai pu ainsi faire partager votre magnifique homélie, entre autres, aux soeurs clarisses de Nérac qui m’ont chaleureusement remercié, ce que je tenais à vous faire savoir.
    Par le biais de ce blog (ou votre adresse électronique ?) nous resterons en contact quand vous serez installé à LAYRAC.
    Bien cordialement
    Edouard DELORME
    NB : pouvez vous mettre en ligne votre intervention sur le Notre Père à Lavardac ?

  2. jfsadys dit :

    Chaque fois que je rentre dans une pièce du vaste presbytère de Castel, je vois, j’entends, je sens la présence des prêtres qui m’y ont accueilli quand j’allais mal quand j’allais bien. Ils m’ont beaucoup donné. Tu nous a beaucoup donné. Merci. Je me dis qu’un jour quand même il va falloir que j’essaye de rendre un peu de tout ce que l’on m’a donné depuis tant d’années. A bientôt pour une visite tout seul ou en groupe à Layrac. ;+) jf

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