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Dette?

Vendredi 4 juin 2010

 

            On a beaucoup entendu parler ces derniers temps de la Grèce et de son déficit abyssal. Toute l’Europe doit se mobiliser pour éviter que sa faillite n’entraîne dans sa chute tout le continent. La Grèce a certainement exagéré, mais la plupart de pays et même des particuliers font comme elle : ils vivent à crédit et consomment plus qu’ils ne produisent. C’est la logique de la société de consommation, mais c’est une logique aveugle et qui mène à la catastrophe. Elle se fonde d’ailleurs sur une injustice criante : si je consomme sans produire, il faut bien que d’autres travaillent dur pour produire à ma place. C’était très net dans le monde antique où les esclaves permettaient aux maîtres de cultiver l’oisiveté. Les choses n’ont pas beaucoup changé.

 

            Ce qui se passe en économie est une image visible de ce qui se passe sur le plan moral ou spirituel. Vivre selon la justice suppose que l’on accomplisse son devoir, sinon l’on est en dette. C’est d’ailleurs ce mot qui est employé dans le texte grec du Notre Père : « remets-nous nos dettes comme nous pardonnons à nos débiteurs ». Tout péché, toute faute morale constitue une sorte de manque, un manquement à nos obligations, et tant que ce manque n’est pas compensé, il y a déséquilibre et tout l’ensemble est menacé. Les Orientaux systématisent cela avec leur doctrine du Karma : l’homme doit se réincarner jusqu’à ce qu’il ait compensé par de bonnes actions toutes le mal qu’il a commis.

 

            La Tradition biblique insiste certes sur la justice, mais aussi sur la miséricorde. Ce n’est pas un principe de comptabilité anonyme qui gouverne le monde, mais un Dieu personnel qui aime ses créatures. Par sa Loi il leur montre le chemin de l’épanouissement,  rappelle sans cesse celui qui s’en détourne et  remet dans la bonne voie celui qui reconnaît ses errements. Plus encore, par le Christ il nous offre la compensation de toutes nos dettes : Jésus a payé surabondamment pour nous. Désormais nous n’avons plus à compter sur notre propre justice, mais sur la grâce du Christ.

 

            Ce n’est pas pour autant que nous pouvons vivre dans l’insouciance, car nous ne pouvons vraiment bénéficier de l’amour du Christ qu’en aimant à notre tour, et donc en vivant selon la justice, en accomplissant avec joie notre devoir. (En « produisant » au moins autant que nous ne consommons).  Le pardon de Dieu nous invite à pardonner à nos frères, et la communion des saints permet une certaine répartition des charges. Mais n’insister, comme c’est la mode, que sur les droits de l’individu et oublier ses devoirs revient, sur le plan moral et spirituel à commettre les fautes économiques dont la Grèce est le symbole.