Archive pour avril 2010

malentendu sur la faute morale

Mercredi 21 avril 2010

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Malentendu sur la faute morale

Dans les sociétés traditionnelles à fond plus ou moins religieux, la notion de faute morale renvoie principalement à un ordre du monde, mis à mal par celui qui le transgresse. Ordre immanent pour certaines cultures, volonté divine pour d’autres. Ce dérangement de l’ordre risque d’avoir des conséquences sur toute la société, et le châtiment des coupables est une mesure de salut public. Le fait que tel ou tel individu soit lésé est pris en compte, et la victime peut demander réparation ou dédommagement, mais l’acte délictueux est surtout vu comme rébellion, dévoiement de celui qui le commet, de sorte que le repentir, l’expiation, dans leurs diverses modalités, peuvent en quelque sorte effacer la faute.

La mentalité contemporaine n’a que faire de ces considérations, et se polarise au contraire sur les victimes. Il faut non seulement leur faire justice en reconnaissant le préjudice subi et en les dédommageant autant que possible, mais il flotte souvent dans l’air un désir non avoué de vengeance, et l’acharnement judiciaire induit par l’attention aux victimes concurrence souvent dans la démesure celui qui avait des motivations religieuses.

La différence entre ces point de vue permet de mieux comprendre les remous actuels autour des questions de pédophilie dans l’Eglise.

Traditionnellement, ces actes, comme tout ce qui concerne le sexe en dehors du mariage, étaient considérés comme péchés contre les 6°et 9° commandements, péchés particulièrement graves puisque, selon les moralistes, il n’y a pas de légèreté de matière en ce domaine. (Toute delectatio venerea hors mariage est péché mortel du moment qu’elle est voulue ou même consentie. On comprend qu’une telle sévérité, si elle est prise au sérieux, amène certains à jeter le manche après la cognée. Comme disent les rabbins : « quand on mange du porc, il faut s’en mettre plein la barbe. ») Leur gravité intrinsèque attirait bien plus l’attention que le tort qu’ils pouvaient causer à leurs victimes, mais leur « traitement » restait dans le domaine religieux. La réparation en ce domaine étant impossible, quel intérêt de saisir la justice des hommes ? Une pénitence ecclésiastique pouvait suffire.

L’opinion publique ne voit plus les choses ainsi, mais se place du côté des victimes. La loi exige la dénonciation, et ce domaine et celui du viol cristallisent désormais toute la réprobation qui s’étendait naguère aux autres déviances sexuelles. D’où l’acharnement que l’on connaît, non seulement contre les auteurs d’actes de pédophilie, mais encore contre ceux qui sont soupçonnés de les avoir couverts.

Les responsables de l’Eglise ont certainement sous-estimé le préjudice subi par les victimes, mais l’étalage actuel n’est pas forcément bénéfique. Autrefois, c’étaient bien souvent les familles qui dénonçaient aux autorités ecclésiastiques et qui demandaient de ne pas ébruiter l’affaire, pour le bien des enfants. Le silence en ce domaine n’a pas que des vertus, mais les interrogatoires que demande un procès ne présentent-ils pas aussi des dangers pour la santé psychiques des enfants ? Sans compter les enseignements de l’affaire d’Outreau… Il est certainement nécessaire que celui qui a subi un tort le voie reconnaître, mais si c’est pour s’installer dans un statut de victime, où est le bénéfice ? Il s’agit plutôt de l’aider à surmonter et de faire de ce qui peut l’handicaper un défi pour plus d’humanité.

judaïsme

Samedi 10 avril 2010

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Bien des discours chrétiens actuels sur le judaïsme peuvent susciter un certain malaise chez les personnes soucieuses de cohérence. La bienveillance qui s’y affiche peut paraître plus évangélique que les mauvais propos que l’Eglise tenait jadis sur ces sujets, elle n’en montre pas davantage d’équilibre ni, finalement, de respect.

Le message que l’on veut faire passer est simple : il n’y a pas de problème entre Juifs et Chrétiens. Ce qui est vrai, c’est que les promoteurs de ces discours estiment n’avoir rien à reprocher aux Juifs sur le plan religieux, mais on peut légitimement douter de la réciproque. A moins de souscrire au dogme selon lequel il n’y a pas de vérité, il y a peu de chances pour que des Juifs trouvent que des païens aient raison de croire que Jésus est le Messie, plus encore Dieu le Fils fait homme et que cela suffit pour entrer dans l’Alliance.

On prend le contre-pied de la théologie de la substitution pour proclamer la parfaite légitimité du judaïsme actuel, car les dons de Dieu sont sans repentance, et, assuré que l’Alliance est éternelle, on affirme qu’Israël est toujours le Peuple de Dieu.

Que l’Alliance soit éternelle, il faut l’affirmer. Mais il y a alliance et alliance. La Bible évoque même une succession d’alliances de Dieu avec les hommes : Adam, Noé, Abraham, Moïse. C’est avec ce dernier que l’Alliance se précise et constitue un peuple particulier, régi par la Torah, pour en faire, parmi tous les peuples, un royaume de prêtres, une nation consacrée. C’est celle que l’on peut a bon droit appeler l’Ancienne Alliance, car c’est en son sein même qu’est annoncée une Nouvelle Alliance. Reprenons les mots de Jérémie : « Voici venir des jours, oracle du Seigneur, où je conclurai avec la maison d’Israël une Alliance Nouvelle. Non pas comme l’Alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte. (…) Je mettrai ma Loi au fond de leur être, et je l’écrirai sur leur cœur. (…) Ils me connaîtront tous, des plus petits aux plus grands, parce que je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché. » (31, 31-34)

Les autres prophètes font comprendre aussi que cette alliance s’ouvrira aux autres nations.

Que Jésus, sa mère et ses disciples soient nés dans l’Ancienne Alliance, nul ne saurait en douter. Mais si l’on se réclame de la foi chrétienne, on ne peut pas douter davantage qu’avec Lui arrive la Nouvelle Alliance : Il l’affirme en instituant l’Eucharistie : « Cette coupe est la Nouvelle Alliance en mon sang » (Lc 22, 20) Alliance qui ne repose plus sur l’appartenance charnelle à un peuple, mais sur la foi personnelle ; dont la Loi n’est plus inscrite sur des tables de pierre, mais sur les cœurs par l’action de l’Esprit Saint. Alliance qui ne s’appuie pas sur les actes de justice accomplis par l’homme, mais sur la grâce de Dieu gratuitement offerte. , Alliance qui n’abolit pas mais accomplit l’Ancienne. Beaucoup de Juifs y ont cru, et sont entrés avec joie dans cette Alliance nouvelle et éternelle, mais les responsables religieux l’ont refusée et leurs successeurs on infléchi le judaïsme dans un sens opposé aux prétentions chrétiennes. Ces réactions ont été si rapides que dès la fin du premier siècle, l’Evangile de saint Jean emploie souvent le mot « juif » comme pratiquement synonyme d’opposant au Christ.

Ce qu’il serait juste de dire, c’est que les Juifs du XXI° siècle se revendiquent toujours de l’Ancienne Alliance. Ils ont sans doute bien des raisons pour le faire, et nous pouvons les respecter. Affirmer cependant qu’ils ont raison de camper sur leurs positions serait plus téméraire encore que d’affirmer leur rejet, car ce serait se placer du point de vue de Dieu et contredire bien des passages du Nouveau Testament. La prudence inciterait à dire que, du point de vue chrétien, ils se privent d’une richesse spirituelle que Dieu, dans le Christ, ouvre à toute l’humanité. La question étant de savoir si ceux qui s’en réclament vivent en vérité la Nouvelle Alliance.

Résurection et création

Lundi 5 avril 2010

Nous croyons en un Dieu créateur. Non seulement créateur du ciel et de la terre, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, mais surtout créateur de l’homme. Cet homme qui n’est pas un animal comme les autres, régi par ses instincts, mais qui est doté de liberté, capable de dire oui ou non à la vie, oui ou non à son Créateur.

Si cet homme répond souvent à sa vocation de créateur, en donnant la vie, en produisant toute sorte d’œuvres, il faut bien reconnaître qu’il se montre aussi souvent destructeur. L’Histoire de l’humanité est une suite de crimes et de guerres, et la violence n’a pas déserté notre époque. Toujours est à l’œuvre cette jalousie qui nous incite à penser du mal des autres, à être désagréable, quand ce n’est pas à désirer leur disparition. Mais ce désir de destruction ne vise pas seulement nos semblables : toutes ces dégradations gratuites qui défigurent les villes, les enfants qui cassent leurs jouets ou les spéculateurs qui détruisent les économies témoignent de ce plaisir pervers que l’on prend à détruire. Alors que nos ancêtres n’avaient que des moyens artisanaux, le progrès technique nous permet maintenant de détruire à grande échelle, jusqu’à rendre inhabitable notre planète.

Dès l’origine Dieu invite l’homme à ne pas se laisser aller à ce triste penchant, mais comme il ne renie pas ce qu’il a fait en créant l’homme libre, il ne peut l’y obliger. Par sa Loi, il propose à l’homme une alliance, il montre un chemin de vie, mais la loi elle-même ne sauve pas, elle peut même être utilisée comme moyen d’asservissement. Par ses prophètes il annonce cependant une alliance nouvelle, quand les temps seront accomplis. Cette alliance, c’est en Jésus qu’elle s’accomplit : il nous révèle l’amour du Père, nous montre ce que peut être une vie vraiment humaine. Il dénonce la méchanceté qui se cache parfois sous des dehors respectables et s’attire ainsi la haine des responsables de son peuple. C’est ceux qui auraient dû le suivre en premier qui décident de le perdre. La foule suit, ses amis l’abandonnent, un le trahit, l’autre le renie, et c’est presque seul qu’il meurt sur la croix. La folie meurtrière de l’homme semble bien triompher : ce n’est pas seulement aux choses, aux hommes, mais au Fils de Dieu lui-même qu’elle s’attaque, et elle a le dessus. Les forces du mal sont allées jusqu’au bout, et Dieu n’a pu les empêcher ! Quel scandale pour les justes, quelle déception pour ceux qui croyaient en la bonté et en la puissance de Dieu ! C’est bien ce que devaient penser les Apôtres le Samedi Saint, si du moins la peur leur laissait le loisir de penser…

Mais tout ne se termine pas le Samedi Saint. La résurrection vient tout bouleverser et elle se révèle en fait comme l’échec de ces forces de mort, comme la victoire du Créateur. C’est comme s’il nous disait : vous voulez détruire, détruisez ! mais regardez, malgré tous les massacres l’humanité ne cesse de croître et la nature de produire ! et si vous vous attaquez à mon Fils, vous pouvez bien le tuer, il ressuscite ! En détruisant, c’est à vous-mêmes que vous faites le plus de mal. Arrêtez donc ce petit jeu, et entrez plutôt dans celui de la création.

Cet appel à la vie, Dieu nous l’adresse chaque jour, mais tout spécialement en ce temps de Pâques. Si nous sommes chrétiens, c’est que nous prenons au sérieux cet appel et que nous voulons y répondre. Et si, pour être chrétien il faut être baptisé, c’est parce que par nos seules forces nous ne pouvons pas être vraiment fidèles. Nous sommes trop complices des forces de mort, de la cruauté, de la méchanceté, nous sommes trop du côté de ceux qui ont voulu tuer le Christ. Par le baptême, nous passons du côté de Jésus, du côté de la vie, de l’amour, de la bonté. Bien sûr, nous pouvons être tentés de mal faire, mais si nous restons unis à Jésus, si nous le prions, si nous cherchons à mieux le connaître et à mieux le suivre, il nous donne sa lumière et sa force. Nous pouvons aussi être victimes de la méchanceté des autres, et de nos jours encore de nombreux chrétiens sont persécutés pour leur foi. Mais là aussi, si nous restons unis à Jésus nous ne nous considérons pas comme des victimes qui se plaignent de leur sort : si nous croyons en sa résurrection, nous partageons déjà sa victoire, et même si l’on nous tue, on ne peut pas nous enlever l’espérance de la vie éternelle. C’est ce dont témoignent les martyrs de tous les temps.

Que cette fête nous confirme dans cette voie, et que notre vie, illuminée par la Résurrection de Jésus, soit aussi lumière pour nos frères.