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Archive pour janvier 2010

Identité?

Mardi 12 janvier 2010

Notre compatriote Michel Serres a produit dans son livre Rameaux d’intéressantes réflexions sur l’identité. Il rappelle d’abord que l’on confond le plus souvent identité et appartenance, lorsqu’on se définit comme membre de tels ou tels groupes. Ce sont ces groupes qui nous dictent alors notre conduite et même nos façons de penser. Il montre ensuite que, dans la littérature mondiale, saint Paul est le premier auteur qui expérimente et propose autre chose. Sa rencontre avec le Christ lui fait comprendre que désormais « il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme » mais que chacun peut devenir une « créature nouvelle» définie par sa relation au Christ. « C’est Dieu qui me donne d’être ce que je suis.» C’est le Christ qui nous donne la liberté par rapport aux groupes auxquels nous appartenons, liberté que les martyrs ont payé de leur vie.

La France, même si elle a été appelée fille aînée de l’Eglise, ne revendique pas pour elle seule cet héritage de la liberté. Il est cependant incontestable que sa culture en est profondément marquée, même si les promoteurs de cette liberté se sont souvent élevés contre l’Eglise.

Il serait difficile de définir en peu de mots la culture française, mais quelques grandes valeurs en rendent compte. Héritière de cette liberté qu’apporte l’Evangile, elle exalte le désintéressement et la noblesse de comportement. Elle ne craint pas les questions et cherche passionnément la vérité. Elle tient en haute estime la discrétion et l’oubli de soi. Si un certain chauvinisme est inévitable et si chaque province est fière de ses particularités, la culture française est ouverte à l’universel, prête à accueillir ceux qui partagent ces valeurs. Tous les Français ne mettent pas en pratique ces idéaux, et notre littérature ne se prive pas de décrire le sordide de certains comportements. Mais le plus souvent leur description était en même temps leur dénonciation.

Que reste-il de cette culture quand la vulgarité s’expose aussi bien en art qu’en politique, quand le chacun pour soi tient lieu de morale et que les vices sont présentés comme la norme ? Nos grands-parents reconnaîtraient-ils la France quand la qualité de la vie est assimilée au pouvoir d’achat, quand la tyrannie des chiffres et des évaluations s’infiltre partout et que le profit à court terme est le but principal des entreprises ?

La vraie question n’est pas de savoir qui appartient au groupe des Français, mais comment faisons-nous vivre l’héritage de noblesse et de liberté qui nous a été transmis et qui constitue l’âme de la France.