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Archive pour décembre 2008

Noël

Samedi 27 décembre 2008

Noël 2008

 

 

« En ces jours là parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre… » L’empire romain est au sommet de sa puissance, et d’un mot, l’empereur commande à toute la terre ! C’est bien normal, il se fait adorer comme un dieu.

         Quel contraste avec ce qui se passe à Bethléem, où c’est dans une étable que naît l’enfant d’un couple qui avait dû se déplacer pour se plier aux ordres de l’empereur… Pourtant Auguste est mort, et son empire s’est effondré, tandis que Jésus est vivant, et que le nombre de ses disciples grandit de jour en jour, même si dans des pays comme le nôtre on l’abandonne peu à peu.

 

         Les tours jumelles, symboles de la puissance financière, s’élevaient fièrement dans le ciel américain, il a sufi de deux avions et de quelques fanatiques pour les mettre à bas… Ces derniers mois, ce n’est plus le symbole mais la réalité-même d’un système qui s’effondre. Système florissant et qui prétendait, par la consommation, apporter bonheur et prospérité au monde entier…Et ce n’est pas sous les coups  d’ennemis étrangers qui les poursuivraient de leur haine, c’est de l’intérieur et par leur  propre logique que des empires  s’effondrent, offrant le triste spectacle de banquiers, d’assureurs, de capitaines d’industrie réduits à la mendicité. Certes, la malhonnêteté de certains y est pour quelque chose, mais dans un jeu où il n’y a pas de règle, peut-on traiter les autres de tricheurs ? Si la rapacité est élevée au rang de vertu, si la seule ambition est de gagner toujours plus, et si le profit est la valeur suprême, comment une économie peut-elle être stable et procurer à chacun ce dont il a besoin ? Mais surtout comment ceux qui ne réussissent pas à s’enrichir peuvent-ils trouver que leur vie vaut la peine d’être vécue ?

 

         La fête de Noël nous invite à sortir de ces illusions et nous ouvre une autre voie. Sous les traits d’un pauvre enfant dans une mangeoire, elle nous montre Celui qui propose à tous la véritable puissance, la véritable richesse. C’est le Fils de Dieu, le Tout-Puissant qui vient à nous dans la faiblesse. Il ne peut rien contre nous, mais comme tous les petits bébés, par sa fragilité-même il sollicite notre bienveillance, notre amour. Il a besoin de notre aide, de notre attention. Si nous la lui refusons, nous fermons notre cœur et notre vie se dessèche, si nous la lui accordons notre cœur s’ouvre et notre vie se dilate.  C’est en cela qu’il se montre le sauveur : il propose à chaque homme de devenir réellement humain, de retrouver la ressemblance avec le Créateur qui l’a créé à son image, c’est à dire capable d’aimer. Car l’homme n’est véritablement humain que lorsque sa liberté le rend solidaire des autres, lorsqu’il est capable de dépasser ses petits intérêts immédiats pour travailler au bien commun, lorsqu’il sort de lui-même pour s’intéresser à ses frères. Il n’est humain que quand il reconnaît ses limites, quand il ne se prend pas pour Dieu.

 

 Il y a tant de choses qui déshumanisent l’homme ! … Sans compter les drogues et autres addictions, il y a déjà ses mauvais penchants, qui le poussent à l’égoïsme et à l’orgueil, mais aussi la misère ou des idéologies qui l’égarent dans des voies sans issue. Voyez ces enfants soldats dressés à tuer dès le plus jeune âge, ces malheureuses gamines de nos pays qui se laissent persuader qu’elles trouveront le bonheur en séduisant et qui pour cela s’accoutrent comme pour faire le trottoir, ou ces étudiants que l’on conditionne à tout faire pour  avoir  un métier où l’on gagne beaucoup…  Et l’on se croit très humaniste en offrant à des jeunes de milieux  défavorisés des facilités pour intégrer ce monde de requins

Au lieu de ces impasses, l’enfant Jésus nous propose une autre voie: « Tu veux être riche : fais comme moi,  accepte d’être pauvre de cœur, et tu possèdes le Royaume de Dieu. Tu veux être puissant, fais comme moi, pratique la douceur et tu possèderas la terre. Tu as de grands désirs, fais comme moi, travaille à la justice, et tu seras rassasié. Tu aspires à la gloire : fais comme moi, recherche la paix et tu seras appelé fils de Dieu. » Il ne nous demande pas de renoncer à nos aspirations, à notre quête de bonheur, car cela fait partie de notre humanité, mais il nous montre que bien souvent nos désirs se trompent d’objet, et que si nous les suivons sans discernement nous courrons à la déception, ou même à la catastrophe, car il y a bien des hameçons cachés dans les appâts qui suscitent nos désirs.

Il nous veut libres, et lui seul peut vraiment nous libérer. Il n’agit pas comme un séducteur qui éblouit ses proies pour mieux les embobiner : il se propose sans éclat, et attend notre consentement. Beaucoup n’y font pas attention, ou même le rejettent, passant ainsi à côté des véritables richesses. Mais ceux qui lui disent oui n’ont pas à le regretter, car il leur donne ce que désire vraiment leur cœur : l’assurance d’un amour indéfectible. Devant tous les dangers qui nous menacent, c’est bien cela que nous désirons, et nous multiplions les moyens humains pour nous assurer contre les risques. Mais aucun assureur ne peut nous garantir contre la mort  de ceux que nous aimons, ni même contre leur abandon. Jésus, lui, s’est donné entièrement à nous, nous a aimés jusqu’à en mourir, et il est ressuscité : si nous l’acceptons, son amour ne nous quittera jamais, et c’est lui qui nous permettra d’être heureux, même dans la souffrance.

En lui, nous reconnaissons Dieu qui vient partager notre humanité, Dieu qui descend vers nous. Mais ce n’est que la moitié du mystère de Noël : si nous acceptons de devenir les amis de Jésus, il nous entraîne dans sa résurrection et notre vie prend une dimension divine : la paix de Dieu est au fond de notre cœur, et même si nous sommes ballottés par les tempêtes, plongés dans les ténèbres, déçus par nos appuis terrestres, nous gardons confiance. C’est l’expérience des saints de tous les temps, de ceux qui sont canonisés comme des humbles que personne ne remarque.

« Paix sur la terre aux hommes qu’il aime», chantaient les anges dans le ciel de Noël. Ce n’est pas la paix que les privilégiés tentent de s’offrir en s’enfermant dans des résidences sécurisées et en accumulant les avoirs bancaires. Ce n’est pas la paix que les nations cultivent en perfectionnant leur armement. Ce n’est pas la paix que recherchent ceux qui fuient toute responsabilité en s’en allant sur les routes. C’est la paix du cœur qui consent à être aimé de Dieu et qui se laisse transformer par cet amour. La paix de celui qui s’appuie sur un roc inébranlable, et dont les trésors ne craignent ni les voleurs ni les spéculateurs.

Voilà le cadeau que Dieu nous offre chaque jour, mais que nous célébrons tout particulièrement à Noël. Cadeau que certains ne déballent même pas, mais que ceux qui en reconnaissent la valeur s’empressent de partager. En effet, à la différence des biens de ce monde, ces trésors ne diminuent pas quand on y puise, ils grandissent au contraire car ils sont faits pour être partagés à tous. C’est cela le Royaume de Dieu, bien différent des empires terrestres.