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Archive pour septembre 2008

pauvreté ou cynisme

Lundi 15 septembre 2008

Dans quelques semaines la Toussaint nous donnera l’occasion d’entendre de nouveau l’Evangile des Béatitudes. La première proclame : « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux. » Quand on entend parler du nombre de pauvres qu’il y a dans le monde, on pourrait se dire que beaucoup de gens correspondent à cette béatitude et jouissent ainsi du Royaume des cieux. Ce serait se faire illusion, car la pauvreté dont parle Jésus n’est pas la pauvreté matérielle, mais elle correspond à une attitude de l’esprit de l’homme, de son cœur, et le manque de ressources ne suffit pas à la générer.

Le pauvre de cœur est d’abord celui qui reconnaît sa place dans l’univers. Il accepte de n’être qu’un élément de l’ensemble, une créature dépendante des autres et de Dieu. Il reconnaît qu’il y a un ordre dans lequel il cherche à s’inscrire, des lois qu’il respecte de bon cœur, persuadé qu’il ne peut se construire un bonheur au dépends des autres. Son souci de la justice, autre béatitude importante, est d’abord le souci d’être soi-même juste, avant d’exiger qu’on le soit envers lui.

L’attitude inverse est le cynisme, qui touche souvent les puissants mais n’en est pas moins répandu dans toutes les couches de la société. Ces esprits forts jugent que les lois sont peut-être bonnes pour les autres, mais qu’elles ne les concernent que quand ils peuvent en tirer profit. Aucun souci du bien commun ne les habite, mais seulement la recherche de leur intérêt, qui est la seule réalité importante. Cela se traduit de bien des manières, mais le point commun est que l’on profite des autres sans égard pour eux. Ainsi le séducteur et ses victimes, l’employeur qui profite de la misère du peuple pour payer des salaires insuffisants. Mais aussi l’assisté qui se débrouille pour toucher toute sorte d’allocations sans travailler et tous ceux qui savent faire valoir leurs droits sans assumer leurs devoirs.

Ce n’est pas par fantaisie que Jésus attribue le Royaume de cieux aux pauvres de cœur, il ne fait que constater la réalité. On peut vivre en aimant, en donnant la priorité à autrui, mais on peut aussi s’enfermer sur soi, sans souci du prochain. Dans le premier cas, même sans le savoir, on vit dans l’esprit de Dieu, qui est un Dieu d’amour, dans le second on s’illusionne en se croyant le centre du monde, en se prenant finalement pour dieu. L’esprit du monde entraîne les gens dans ces illusions flatteuses, et la consommation de drogues diverses manifeste bien cette fuite de la réalité. A un degré moindre, l’incapacité à être seul ou en silence montre bien que l’on ne supporte pas de se trouver face à soi-même et à sa pauvreté.

Les saints ont accepté leur pauvreté, ils l’ont acceptée avec joie car ils avaient confiance en l’amour de Dieu, malgré les difficultés de la vie ; elle fait même leur bonheur éternel. A l’opposé, d’autres s’accrochent définitivement à leur cynisme, infernale illusion qui les damne. Entre les deux ceux qui admettent leurs erreurs et acceptent d’en être purifiés peuvent rejoindre les premiers quand ils sont prêts. Mais ce n’est pas seulement notre destinée éternelle qui est concernée : on voit bien que dans un monde de cyniques la seule loi est celle du plus fort ou du plus malin, et la violence en fait un enfer.  Les pauvres de cœur peuvent au contraire constituer une société harmonieuse où chacun respecte les autres et met au service de l’ensemble ses propres richesses, comme dans le Royaume de Dieu. A nous de choisir…

  

  


Le culte du myocarde

Jeudi 4 septembre 2008

Le culte du myocarde

    

Nos ancêtres, comme les peuples primitifs, avaient le sens du symbole. Le visible évoquait pour eux un invisible bien réel, auquel on accordait une grande importance. Cette attitude se développait tout particulièrement dans le domaine religieux, mais elle ne s’y cantonnait pas : toute la vie fournissait des occasions de la mettre en œuvre. Ainsi, la fragile vie biologique de l’homme était respectée en tant que manifestation d’une vie spirituelle, et quand on parlait de cœur, on avait à l’esprit ce qu’il y a de meilleur en l’homme : pour certains le courage, pour d’autres l’amour.

            Le progrès nous a permis de nous débarrasser de ce fatras et de cantonner notre intérêt à ce qui se voit, et qui devient par là-même la réalité ultime. Le problème, c’est que le visible est le plus souvent mortel, surtout dans le domaine biologique. Et la médecine semble une lutte désespérée contre cette mortalité. Ainsi la pratique de nombreux médecins traduit la conviction que la vie biologique est à prolonger à tout prix, même si cette vie ne se traduit que par le battement plus ou moins artificiel d’un cœur. Le sacré qui ne peut plus concerner les réalités invisibles, désormais disqualifiées, se réfugie ainsi dans ce misérable muscle enfin dépouillé de toute signification autre que mécanique.

            C’est un véritable culte qui est ainsi rendu à grands frais au myocarde, culte qui rappelle celui que les Hébreux sortis d’Egypte rendirent au veau d’or qu’ils se fabriquèrent faute de pouvoir mettre leur confiance en un Dieu dont ils constataient l’action mais qu’ils ne pouvaient voir. D’ailleurs il s’accorde bien et entretient des liens de parenté avec celui que l’on voue au Profit, seul motif désormais de l’activité économique. Quel progrès par rapport à nos ancêtres qui croyaient encore en l’utilité sociale du travail !

    

Les grandes découvertes

    

On croyait que le XVI° siècle était celui des grandes découvertes. Il se pourrait bien que le XXI° le dépasse. En effet, la crise de la vache folle a permis aux journalistes de découvrir que, dans certaines conditions, les vaches pouvaient se nourrir d’herbe, et la présente crise des prix des manières premières fait penser certains que l’agriculture pourrait avoir pour but de nourrir les populations, et, chose plus incroyable encore, que le gaspillage n’est peut-être pas une bonne chose.

            Comme chacun sait, les grandes découvertes mettent longtemps à pénétrer les mentalités, et il ne faut pas s’étonner que celles-ci ne trouvent pas encore d’applications véritables. Patience… Mais souvent aussi les grandes découvertes s’enchaînent. Qui sait si l’on ne va pas bientôt découvrir que la banalisation du sexe a des effets pervers sur l’individu comme sur la société, et, pourquoi pas, que le christianisme peut apporter à l’homme une qualité de vie que le matérialisme pratique ne lui donne pas.