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Résurrection et sexe

Vendredi 9 mai 2008

La condition exacte des corps ressuscités est assez difficile à imaginer, et les Ecritures ne nous donnent guère de détails. Qui plus est, nous ne prêtons souvent qu’une attention assez vague aux rares affirmations qu’elles contiennent à ce sujet et même des docteurs en théologie répètent des contre-vérités largement répandues.

            On cite en effet l’expression éminemment biblique « Il n’y a plus ni homme ni femme », pour signifier que la condition sexuée n’a plus cours dans le Royaume de Dieu, après la résurrection. On attribue expressément cette affirmation à Jésus lors d’une controverse avec les Sadducéens. En fait, l’Evangile ne nous rapporte rien de tel, et c’est saint Paul qui peut revendiquer la paternité de l’expression. Et il ne prétend par décrire ce qui sera au delà de la mort, mais la situation présente du chrétien (Ga 3,28). Nous y reviendrons. Jésus pour sa part se contente de dire : « A la résurrection, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel. (Mt 22,30 ; Mc 12, 18) ». En Lc 20,36, la mention des anges est précisée : « ils ne peuvent plus mourir car ils sont pareils aux anges ». On sait d’autre part l’inanité des discussions sur le sexe des anges, on ne peut donc affirmer comme on le fait trop souvent que la condition sexuée est purement et simplement abolie dans le monde de la résurrection.

            Revenons à saint Paul, et replaçons dans son contexte l’expression citée. Ga 3, 27 : « Vous tous, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, car tous vous ne faites plus qu’un dans le Christ. » La différence homme-femme est mentionnée à la suite de deux autres qui concernent l’appartenance ethnique et le statut social.

 Dans la situation ordinaire de l’homme pécheur, ces différences sont source d’opposition, d’incompréhension et souvent de mépris mutuel. De plus, chacun a tendance à se définir par son appartenance à tel ou tel groupe, et donc en opposition aux autres. Cette appartenance lui tient le plus souvent lieu d’identité.        

La conversion au Christ, et plus encore son achèvement dans la résurrection, change les choses. Elle nous permet de prendre conscience de notre identité véritable : 1 Co 15, 10 : « c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis », de manière unique, même si je continue d’appartenir à tel ou tel groupe. Ces appartenances ne sont pas niées, elles sont relativisées : ce ne sont plus elles qui me définissent et conditionnent mon comportement. Mieux encore, alors que le péché stérilise les différences et en fait, comme on vient de le dire des oppositions, l’accueil de la grâce permet une réconciliation et des relations fécondes, que ce soit entre Juifs et Grecs, maîtres et serviteurs, hommes et femmes. A la place des préjugés et des comportements stéréotypés dictés par l’appartenance, des relations originales d’être à être peuvent s’établir librement, où chacun apporte ses richesses et se trouve stimulé par l’autre. Le sexe, le statut social ou ethnique et bien d’autres choses encore colorent ces relations, mais ne les conditionnent plus. Désormais, lorsque j’agis, c’est un membre du corps du Christ qui agit personnellement, et non pas seulement un mâle ou une femelle, un Juif ou un Grec, un maître ou un serviteur. Là où est l’Esprit du Christ, là aussi est la liberté (2 Co 3, 17)…

Si la Résurrection est l’achèvement de la Création, il serait étonnant qu’elle en vienne à détruire ce qui a été voulu par Dieu dès le commencement : « mâle et femelle il les créa ». Ce sont les conséquences funestes du péché qui seront abolies et non pas ce qui est constitutif des êtres crées. Aspirer à la liberté par rapport aux pulsions sexuelles vaut sans doute mieux que de se complaire à les suivre, mais rêver d’une vie asexuée ne semble pas très cohérent avec la tradition biblique. Et jusqu’ici, quand l’Eglise en prière parle du Christ, elle emploie le masculin, et pour la Vierge Marie le féminin. Pourtant l’un et l’autre appartiennent au monde de la résurrection…

JJF