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Archive pour novembre 2007

force et richesse.

Mardi 13 novembre 2007

Force et faiblesse, richesse et pauvreté.

    

L’emploi de ces termes dans le discours chrétien est assez paradoxal. Témoin Paul : « lorsque je suis faible c’est alors que je suis fort ». Et l’on fait sans vergogne l’éloge de la pauvreté, de la faiblesse, et pourquoi pas de l’ignorance, de la bêtise…  ce n’est pas toujours sain ni convaincant.

            Une simple remarque peut éclairer les choses : les mots n’ont pas le même sens quand ils s’appliquent à Dieu et aux hommes. Nous sommes plus familiers des hommes, et nous avons tendance à croire que Dieu est à notre image. Toute la Révélation nous montre le contraire. Ainsi la force des hommes et celle de Dieu n’ont rien de commun, pas plus que leur richesse.

            Pour les hommes, la force est ce qui permet de déplacer des objets de les plier, de les contraindre. Quand elle s’exerce sur un autre homme, elle en  fait un objet que je puis manipuler à ma guise : elle ne respecte pas son altérité.

            La force de Dieu est avant tout puissance créatrice : elle fait être ce qu’elle crée, et dans le cas des anges et des hommes, elle lui donne liberté. Elle apparaît donc comme faiblesse aux yeux des hommes prisonniers de la chair dont le désir est la mort, alors que le désir de l’Esprit est la vie et la paix (Rm 8, 6).

            De même la richesse est pour l’homme accumulation de biens dont il peut jouir à sa guise, le plus souvent en les soustrayant à l’usage des autres. La richesse donne un sentiment de force, car elle permet d’acheter bien des choses, et, jusqu’à un certain point, bien des êtres. Elle est l’ensemble des bien sur lesquels je puis exercer ma force, souvent destructrice. Le problème est que la richesse des uns se nourrit de la pauvreté des autres, comme on ne peut être fort selon le monde que parmi des faibles.

            La richesse de Dieu est au contraire le rayonnement inépuisable de sa puissance créatrice. Elle se manifeste en se communiquant à ses créatures qui, à leur tour, communiquent ce qu’elles ont reçu. C’est la richesse d’une source qui ne cesse de couler, non celle d’un monceau d’or, la richesse de la vie qui se dépense sans compter.

            L’expérience des sages, et tout particulièrement celle des chrétiens, permet de considérer comme illusion la richesse et la force selon le monde. Elle recherche plutôt la véritable richesse qui enrichit aussi autrui et la véritable force qui rend forts ceux sur qui elle s’exerce, même si c’est en un combat comme celui de Jacob devenant Israël (« fort contre Dieu »).

            C’est cette force de l’Esprit que nous avons à désirer et à cultiver pour que disparaisse en nous la crainte, signe de faiblesse que bannit l’amour parfait. 2Tm 1,7 :  « Ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi. »

Nous rencontrons là un autre mot piège : si la crainte humaine accompagne la faiblesse devant le danger que représente un plus fort, la crainte de Dieu est cette distance respectueuse qui fait que l’homme se tient en dessous de Dieu pour pouvoir bénéficier de sa bonté. Acceptation de notre faiblesse elle nous permet de bénéficier de la force de Dieu, reconnaissance de notre pauvreté elle nous fait partager sa richesse.