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Archive pour septembre 2007

Sentiment et fidélité

Mercredi 5 septembre 2007

Sentiment et fidélité

  

De récents articles dans la presse racontent que Mère Thérésa, qui a été une des figures chrétiennes les plus marquantes de notre temps, a vécu de très longues années dans ce que l’on appelle la nuit de la foi. C’est à dire sans aucune impression sensible de la présence ni même de l’existence de Dieu, sans aucun attrait pour la prière ni pour les choses de la foi. On parle aussi de désert, de sécheresse. Bien des saints ont connu cet état, et c’est aussi ce qui amène bien des gens à se détourner de la foi.

  

            Or il en est de la foi comme de l’amour, et si on les confond avec le sentiment, on ne peut aller loin. Le sentiment, par définition, c’est ce qui se sent, ce qui est sensible, alors que l’amour et la foi sont des attitudes plus profondes qui engagent tout l’être. L’amour et la foi ont une certaine stabilité, alors que les sentiments vont et viennent.

 Le plus souvent l’attitude profonde et les sentiments sont liés, et l’on a le sentiment d’aimer, le sentiment de croire en Dieu : c’est une espèce d’évidence qui s’impose à nous, comme le bien-être avec une personne aimée. Mais parfois le sentiment n’est plus là… et si l’on n’accorde d’importance qu’au sensible, on croit qu’on n’aime plus, ou qu’on ne croit plus. Des gens disent qu’ils ont perdu la foi alors qu’ils ont perdu le sentiment de la foi. Pourtant l’amour et la foi peuvent être bien présents, même sans le sentiment,  et ils se manifestent par la fidélité.

Ce que le sentiment donnait envie de faire, on continue à le faire parce que l’on croit que l’autre l’attend ; d’une certaine façon la raison et la volonté prennent le relais de la spontanéité. Notre époque dévalorise ce genre d’attitude, confondant spontanéité et vérité, et incitant l’homme, sous prétexte d’authenticité,  à se laisser aller à ses pulsions. C’est oublier que la vérité de l’homme n’est pas seulement ce qu’il est dans l’instant, mais qu’elle se déploie au cours du temps : tous nos actes constituent une histoire, qui est plus heureuse si elle est cohérente. La fidélité est cette recherche de cohérence au delà de ce qui nous passe par la tête ou par le corps. Elle manifeste qu’à la différence des animaux nous pouvons être mus par autre chose que nos appétits ou nos intérêts.

A l’opposé, on peut être amoureux sans aimer vraiment, comme lorsqu’on se complait dans les sentiments ou sensations sans vraiment respecter l’autre, et l’on peut avoir de grands sentiments religieux tout à fait illusoires, quand on se complait dans les prières ou autres dévotions et que l’on ne respecte pas les commandements.

L’idéal est bien que les sentiments correspondent à l’attitude profonde, ce qui facilite la fidélité. Mais l’exemple de Mère Thérésa et de tant d’autres montre bien qu’on peut vivre un grand amour et une grande foi en l’absence de sentiment. Et ce n’est pas sur les sentiments que nous serons jugés…

  

                                                                                                J.J. F